À vélo jusqu’au Compostelle du Québec ?

Lorsqu’on évoque un pèlerinage, on pense spontanément aux chemins de Compostelle, qui sillonnent l’Europe et convergent vers l’Espagne. Après trois expériences sur ces itinéraires, une question m’a traversé l’esprit après la crise sanitaire : existe-t-il un équivalent au Québec ? De cette interrogation est née une nouvelle aventure, à vélo sur la Route verte, puis à pied jusqu’au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, à la découverte d’une tradition séculaire et des paysages de la Belle Province.

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Gab Vaugeois, le sourire de celui qui sait que le voyage compte autant que la destination. ©DR

Après quelques recherches et tâtonnements, je découvre assez rapidement qu’il existe bel et bien un « Camino » au Canada, avec pour destination finale le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. Fondé au XVIIe siècle, celui-ci est considéré comme le plus ancien lieu de pèlerinage en Amérique du Nord. Mon grand-père me racontait d’ailleurs jadis ses voyages jusqu’au sanctuaire. J’y découvre ainsi une tradition ancienne qui se perpétue de génération en génération.

Reste qu’il n’existe pas ici de chemin balisé avec coquilles et flèches jaunes pour guider les pèlerins. C’est là qu’intervient la Route verte, l’équivalent québécois de l’EuroVelo. Avec près de 6 000 km de sentiers, de véloroutes et de circuits, elle constitue le plus grand réseau cyclable des Amériques.

C’est en empruntant cet itinéraire qu’il devient possible de traverser une partie du « pays du sirop d’érable », en suivant les différentes véloroutes.

De la forêt boréale aux grandes plaines

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Au Québec, chaque étape réserve son lot de paysages et de belles découvertes. ©Gab Vaugeois

Pour ma part, je débute mon périple au nord de la Vallée-de-la-Gatineau. Ici, nous sommes au royaume des Draveurs et la forêt boréale sauvage m’accompagne pendant des kilomètres jusqu’à la capitale canadienne, Ottawa. Il faut alors faire un choix pour rejoindre Montréal, à l’est. Une première possibilité consiste à longer la rivière des Outaouais en empruntant les accotements routiers. Mais il existe aussi un itinéraire plus rapide : traverser le « désert ontarien » en empruntant le sentier de Prescott-Russell.

La forêt et la ville laissent alors place à d’immenses champs cultivés à perte de vue. Le sentier, aménagé sur une ancienne voie ferrée, file en ligne droite sur des centaines de kilomètres. Il ne faut pas baisser sa garde ici. On peut facilement avoir l’impression que le temps devient subjectif et que l’on n’avance pas, tant le sentier est peu fréquenté. Pourtant, cette impression n’est qu’un mirage. À l’horizon finit par apparaître une montagne solitaire qui perce le paysage.

C’est le signe que l’on est de retour au Québec, avec la petite ville de Rigaud comme oasis. Il faut maintenant traverser ce que l’on appelle le « Grand Montréal ». Près de la moitié de la population québécoise vit dans la région de sa métropole, avec ses immenses banlieues. C’est dans ce secteur que l’on retrouve notamment la Route verte no 1, à Oka. C’est ce même circuit cyclable que je suivrai jusqu’à destination.

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Au Québec, la Route verte, l’équivalent en Europe de l’EuroVelo.

Montréal, une ville à la mesure des cyclistes

Montréal est définitivement une ville de vélo. Depuis quelques années, la municipalité a mis les bouchées doubles pour développer son réseau cyclable. C’est franchement agréable et Montréal rivalise facilement avec les grandes villes européennes en matière de mobilité à vélo.

En suivant le tracé de la Route verte no 1, j’arrive finalement à Chambly, une ville connue pour son fort de pierre, vestige de la Nouvelle-France inspiré des fortifications françaises associées à Vauban. Je quitte alors la zone d’influence de Montréal pour retrouver la campagne. Me voici au cœur du garde-manger québécois, un territoire qui intéressera particulièrement les amateurs de terroir local. J’ai notamment beaucoup apprécié les vergers de pommiers de Rougemont.

Cap sur les montagnes et les chemins de pèlerinage

Après une journée de route d’environ 90 km, notre petit Compostelle nous conduit jusqu’en Estrie. Nous entrons dans la partie montagneuse du voyage. Il faut redoubler d’efforts pour franchir les routes de l’arrière-pays, bordées par le prolongement nord des Appalaches et les montagnes Vertes du Vermont. Cette étape prend une dimension plus spirituelle, avec notamment le monastère de Saint-Benoît-du-Lac et le sanctuaire du Sacré-Cœur-de-Beauvoir. À partir de là, on commence à entendre des histoires de pèlerins qui marchent jusqu’à Québec, parfois pendant des centaines de kilomètres.

Mais nous ne sommes pas encore sortis du bois ! Il reste à traverser le Centre-du-Québec, royaume de la poutine (plat typique de la cuisine québécoise composé, dans sa recette classique, de trois éléments, des frites, du fromage en grains et de la sauce brune) et des cowboys canadiens-français. Les fermes laitières y sont nombreuses et les gens du pays réservent un accueil particulièrement chaleureux.

Québec, dernière étape avant le sanctuaire

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La Côte-de-Beaupré, dernière étape de ce périple québécois, déroule ses paysages champêtres sur le chemin du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. ©Gab Vaugeois

J’arrive finalement à Québec avec environ 800 km de vélo dans les jambes. Les 50 derniers kilomètres se feront à pied. Le Vieux-Québec constitue un lieu de convergence incontournable. Plusieurs chemins de pèlerinage permettent de rejoindre la ville et finissent par passer par son centre historique. À partir de là, j’emprunte à mon tour un itinéraire que les Québécois parcourent à pied depuis des siècles. Depuis les débuts de la colonie française, les nombreuses légendes de miracles ont contribué à forger la réputation du sanctuaire.

La dernière étape consiste à traverser la magnifique Côte-de-Beaupré. Une particularité de ce secteur : les gens nous reconnaissent. Ils nous voient arriver et nous indiquent spontanément la direction à suivre. Il arrive même de croiser d’autres voyageurs en route vers Beaupré. Chacun entreprend ce pèlerinage pour des raisons qui lui sont propres.

Un chemin qui donne envie de revenir

Personnellement, je souhaitais, d’une certaine façon, suivre les traces de mes aïeux. J’estime avoir atteint mon objectif en retrouvant cet esprit du chemin que l’on connaît en Europe. Mais j’ai déjà envie de repartir. Car une fois arrivé, je savais déjà une seule chose… c’est que j’allais y revenir !

Une contribution de Gab Vaugeois – Retrouvez-le sur son blog ici.

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