Des Jeux pas encore vraiment verts

En promettant des Jeux d’hiver plus sobres et largement adossés à des infrastructures existantes, les organisateurs des Jeux olympiques d’hiver de 2026 espéraient ouvrir une nouvelle page du modèle olympique.

Entre Lombardie et Vénétie, de Cortina d’Ampezzo à Bormio, le projet se veut diffus, pragmatique, moins dispendieux que les précédents rendez-vous enneigés. Mais à quelques semaines du coup d’envoi, la montagne italienne rappelle que la sobriété proclamée se heurte encore à la réalité climatique.

Le recours massif à des sites déjà existants — plus de 80 % des installations – tranche avec les démesures de Sotchi ou les infrastructures sorties de terre à Pékin. Cette logique, encouragée par le Comité international olympique, vise à contenir les coûts, à réduire l’empreinte foncière… et à rendre de nouveau attractifs des Jeux d’hiver que le réchauffement climatique rend chaque année plus difficiles à organiser.

Sur le papier, l’équation est séduisante. Sur le terrain, elle se complique. Car qui dit neige rare dit neige artificielle, et donc eau en abondance. Plusieurs experts dénoncent une pression accrue sur les ressources hydriques alpines, amplifiée par la dispersion géographique des sites. L’image de Jeux “réutilisant l’existant” se brouille dès lors que l’on observe les retenues collinaires, les canalisations forcées ou les pistes élargies pour répondre aux standards internationaux.

À cette contrainte climatique s’ajoutent des chantiers devenus symboliques, comme la piste de bobsleigh de Cortina, relancée sous l’impulsion du gouvernement de Giorgia Meloni malgré l’hésitation initiale des organisateurs. Les critiques venues du monde environnemental, notamment de l’association Mountain Wilderness, pointent des coupes d’arbres dans des zones protégées et des équipements jugés fragiles dans un contexte géologique instable.

Le débat dépasse largement la seule édition italienne. Car ces Jeux servent de laboratoire à un futur olympique que beaucoup imaginent plus frugal, éclaté sur plusieurs territoires, étroitement imbriqué avec l’offre touristique existante. C’est aussi ce modèle qui inspire les candidats aux éditions suivantes, dont la France avec Alpes 2030.

Reste une question centrale pour le sport comme pour le tourisme : peut-on encore célébrer la montagne sans la transformer davantage ? Milan-Cortina tente de prouver qu’un compromis est possible. Pour l’instant, les Jeux de 2026 apparaissent surtout comme une transition inachevée : moins monumentaux, certes, mais encore loin de l’idéal écologique qu’ils revendiquent.

Des Jeux plus discrets que leurs prédécesseurs, mais toujours gourmands en eau, en béton et en symboles. À l’ère du réchauffement, la pente à négocier pour l’olympisme hivernal reste, décidément, raide.

Laurent Guena

Rédacteur en chef adjoint.
Contact: laurent.guena@sport-et-tourisme.fr

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