Faut-il boycotter le football quand la géopolitique déraille ?

La tentation est grande. Face aux provocations à répétition de Donald Trump, à ses menaces d’annexion du Groenland, à ses attaques contre le multilatéralisme et à son rapport brutal aux libertés, l’idée d’un boycott de la Coupe du monde de football 2026 fait surface en Europe. Une arme symbolique, évoquée dans plusieurs pays de l’Union européenne, et défendue en France par des responsables politiques comme Éric Coquerel (LFI).

Mais faut-il vraiment mêler le ballon rond à tous les bras de fer diplomatiques du moment ?

D’abord, parce que cette Coupe du monde n’est pas celle d’un seul pays. Elle se jouera aussi au Canada et au Mexique, deux nations qui n’ont rien à voir avec les outrances du locataire de la Maison Blanche. Réduire l’événement à un symbole trumpien serait une lecture simpliste – et injuste pour des millions de supporters, de joueurs et d’acteurs locaux.

Ensuite, parce que l’histoire montre que le sport, lorsqu’il est pris en otage par la politique, ne sort jamais grandi de ces stratégies de rupture. Le football mondial n’a pas attendu 2026 pour être traversé par des contradictions éthiques. Pourtant, il demeure l’un des rares langages universels, capable – parfois – de créer des ponts là où la diplomatie échoue.

Même les pays directement concernés se montrent prudents. Le Danemark, dont dépend économiquement le Groenland, avance avec précaution. Sa fédération de football suit la situation de près, mais se concentre avant tout sur la qualification sportive. Une position réaliste, loin des postures spectaculaires.

En France, la ministre des Sports Marina Ferrari a rappelé une ligne constante : dissocier le sport de la politique, sans naïveté mais sans surenchère. Même son de cloche chez des acteurs du football comme Claude Le Roy, qui interrogent le principe du boycott sans en faire un dogme.

Il y a enfin un angle souvent oublié : celui du tourisme. La Coupe du monde 2026 sera un gigantesque déplacement de populations, un moment rare de rencontres, de découvertes, de mixité culturelle à l’échelle d’un continent. Boycotter, ce serait aussi priver des territoires entiers – villes hôtes, régions périphériques, communautés locales – d’une opportunité de dialogue et d’ouverture dont ils n’ont jamais eu autant besoin.

Refuser le boycott ne revient pas à fermer les yeux. Cela signifie choisir une autre voie : celle de la vigilance, de la parole, de la présence. Être là pour rappeler, pour observer, pour dénoncer si nécessaire – mais sans abandonner le terrain.

Laurent Guena

Rédacteur en chef adjoint.
Contact: laurent.guena@sport-et-tourisme.fr

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