Le Classique s’est joué loin, trop loin

Un Paris Saint-Germain – Olympique de Marseille s’est disputé à des milliers de kilomètres de Paris et de Marseille, dans un stade flambant neuf, sous des projecteurs impeccables. Le décor était parfait. Le produit aussi.

Sur le terrain, au Koweït, le spectacle a été au rendez-vous. Mais il manquait l’essentiel : les supporters. Ceux du PSG comme ceux de l’OM avaient choisi de ne pas être là. Le boycott n’était ni un caprice ni une posture. Il était un signal. Clair, assumé, presque pédagogique. Ce Classique-là n’était pas le leur. Trop loin, trop cher, trop hors-sol — et l’on passera, un peu vite sans doute, sur son coût écologique.

À force de vouloir exporter le football comme un produit premium, on a fini par oublier qu’il repose d’abord sur une ferveur locale : enracinée, parfois excessive, mais profondément vivante. Sans elle, le match devient un objet lisse, désincarné.

On nous avait promis une vitrine internationale, un levier de rayonnement, une opération gagnant-gagnant mêlant sport, image et tourisme. La réalité a été plus crue. Le tourisme sportif ne se décrète pas à coups de packages hors de prix et de discours marketing. On ne transforme pas un déplacement de supporters en voyage d’agrément par simple décision de calendrier.

Ce match aura surtout illustré une dérive plus large : le football n’est plus invité à faire aimer un territoire, mais à cocher des cases dans une stratégie de monétisation globale. Peu importe le lieu, pourvu que l’image soit propre et le contrat signé. Les tribunes, elles, peuvent devenir neutres, sages, interchangeables.

Le paradoxe est cruel. À vouloir rendre le Classique universel, on l’a rendu anonyme. À vouloir séduire des publics lointains, on a perdu ceux qui faisaient sa singularité. Ce PSG-OM n’aura ni rapproché les peuples, ni donné envie de voyager. Il aura simplement rappelé une évidence : l’émotion ne se délocalise pas aussi facilement qu’un match.

Le Classique s’est joué.
Mais il s’est joué loin. Trop loin.

Laurent Guena

Rédacteur en chef adjoint.
Contact: laurent.guena@sport-et-tourisme.fr

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