Pascal Martinot-Lagarde : « Les Japonais mettent de l’amour dans les petits gestes ! »
Multi-médaillé du 110 m haies, récemment retraité et reconverti dans la gestion de logements Airbnb, Pascal Martinot-Lagarde a couru très vite durant sa carrière sportive. Au fil de ses déplacements, il a aussi cultivé un regard attentif sur les cultures et les modes de vie. Entretien avec un sportif épicurien pour qui voyager est une expérience profondément humaine.

Vous avez énormément voyagé. Quels ont été vos « spots » les plus marquants ?
Le Japon m’a particulièrement marqué. J’ai eu l’impression d’en découvrir deux visages.
D’abord celui des Jeux olympiques de Tokyo 2020 (il a fini 5ème, NDLR), organisés – en 2021 – en pleine période Covid. On vivait dans une bulle très stricte. Il était quasiment impossible d’interagir avec la population. Tout était pensé pour éviter les contacts. Je me souviens, par exemple, que dans certains hôtels, un ascenseur nous était réservé, l’autre interdit. C’était une expérience assez étrange, presque irréelle.
Et puis il y a eu le Japon que j’avais découvert un an plus tôt, lors d’un stage de préparation. Un pays totalement différent, beaucoup plus vivant, plus accessible. Là, j’ai vraiment accroché à leur manière d’être.
Ce qui m’a frappé, c’est l’attention portée aux détails. Les Japonais mettent de l’amour dans les petits gestes. J’ai un souvenir très concret. À l’aéroport, avant de rentrer en France, j’ai acheté un simple sandwich triangle. On a tous cette image d’un produit industriel, sans grand intérêt, qui remplit le ventre. Et pourtant, celui-ci était excellent, avec une préparation à base d’œuf typiquement locale.
Ce souci du détail, on le retrouve partout : dans leur façon de saluer, dans leurs gestes du quotidien, dans leur esthétique. Il y a une forme d’intensité dans les choses simples qui m’a vraiment marqué.
« À Bali, il y a une gentillesse très naturelle, presque désarmante »
Gardez-vous en mémoire d’autres voyages ?
À la base, je suis un bourreau de travail. Et j’aime quand le travail et le plaisir se rejoignent, donc je pars rarement uniquement pour ne rien faire. Mais j’ai quand même eu l’occasion de faire de vrais voyages, notamment à Bali et en Thaïlande.
La Thaïlande m’a marqué par sa cuisine. Là-bas, tu peux prendre un scooter, et t’arrêter dans un bouiboui au bord de la route, et tu te régales avec une grillade, par exemple cuisinée avec de succulentes épices. C’est simple, mais plein de saveurs. Il y a une vraie authenticité dans cette manière de consommer.
À Bali, ce sont les gens qui m’ont le plus touché. Il y a une gentillesse très naturelle, presque désarmante. Tu ressens une forme de confiance immédiate. C’est un endroit où l’on se sent apaisé.
Plus récemment, je suis allé à Dubaï, pendant les Jeux olympiques de Paris 2024. J’ai beaucoup aimé, notamment pour l’efficacité du quotidien. Là-bas, tout va très vite. Tu veux déménager d’appartement, en acheter un autre, c’est accompli dans la journée… Entre une idée et sa réalisation, il peut se passer seulement quelques heures.
Je l’ai vécu concrètement. J’avais pris un logement via Airbnb, et j’ai eu un problème de connexion internet. J’ai contacté l’hôte, et quelques heures plus tard, un technicien était déjà intervenu. Ce niveau de réactivité est impressionnant. En France, dans pareille situation, il faut s’armer de patience.
Autre exemple, un soir, après 23 heures, une amie avait besoin de piles pour une télécommande. En quelques minutes, via une application, elle s’est fait livrer. Ce type de service est extrêmement développé.
Ce qui est intéressant, c’est que Bali et Dubaï sont deux endroits très sûrs, mais pour des raisons totalement différentes. À Bali, cela repose sur les relations humaines et la confiance ; à Dubaï, sur une organisation et un cadre très stricts.
« Je décide d’enterrer ma quatrième place dans un quartier animé de Rio de Janeiro »
Pouvez-vous nous partager une anecdote de voyage ?
Les Jeux olympiques de Rio 2016, sans hésiter. Je termine quatrième de ma course. Forcément, il y a de la déception. J’avais besoin de tourner la page, de passer à autre chose. Le soir même, je décide de sortir en ville, et d’enterrer ce moment à Rio de Janeiro.
Là-bas, je croise des Français installés sur place. Ils m’embarquent avec eux dans un quartier très animé. Et là, je découvre une ambiance assez incroyable. La musique qui provenait d’une boite de nuit était tellement forte qu’on l’entendait jusque dans la rue. Très vite, on se retrouve au milieu d’une foule immense. Des centaines, peut-être des milliers de jeunes, rassemblés devant les boîtes de nuit, en train de danser, de rire, de profiter. Une énergie collective assez unique. À ce moment-là, ma déception passe au second plan. Il ne reste que l’instant, l’ambiance, et cette impression d’être porté par quelque chose de plus grand.
Si vous deviez poser vos valises, le paradis ce serait où ?
Je ne pense pas qu’il existe un endroit parfait. En revanche, je pourrais essayer de l’imaginer. Ce serait un mélange de plusieurs cultures : le sens du bon vivre à la française, avec cette importance accordée aux plaisirs simples comme les boulangeries ; le souci du détail et le perfectionnisme du Japon ; la gentillesse naturelle que j’ai ressentie à Bali ; et enfin l’efficacité et le pragmatisme de Dubaï. Un équilibre entre qualité de vie, exigence et simplicité.
Où vivez-vous aujourd’hui ?
Je vis à Reims depuis 2017.
Reims, « un mini Paris »
Comment trouvez-vous cette ville ?
Reims, c’est un peu un “mini Paris”, mais sans ses contraintes. La ville a une vraie richesse historique, avec ses monuments, sa cathédrale, et une identité visuelle assez forte. Ce que j’apprécie surtout, c’est la fluidité du quotidien. Il n’y a pas cette pression liée aux déplacements qu’on peut ressentir à Paris. Et pour moi, c’est essentiel.
Aujourd’hui, je suis très investi dans mon activité professionnelle, donc chaque déplacement compte. À Reims, tout est simple. Si j’ai un rendez-vous à 10h30, je peux partir vingt minutes avant et être à l’heure, sans stress. À Paris, c’est une autre histoire… Et c’est dommage, parce que c’est une ville exceptionnelle, qui gagnerait encore en qualité de vie si les déplacements étaient plus fluides.
Quelques éléments de biographie
Pascal Martinot-Lagarde, récemment retraité, s’est imposé comme l’un des grands noms de l’athlétisme français sur 110 mètres haies.
Révélé en 2010 avec un titre de champion du monde juniors à Moncton, il confirme rapidement au plus haut niveau. Dès 2012, il décroche une médaille de bronze aux Mondiaux en salle à Istanbul sur 60 mètres haies.
Au fil des années, “PML” s’installe durablement parmi les meilleurs mondiaux, enchaînant les podiums, notamment en salle. Mais c’est en plein air qu’il signe ses performances les plus marquantes. Son record de France – 12’’95 sur 110 mètres haies, établi en 2014 – reste l’une des références de la discipline. En 2018, il atteint le sommet continental en devenant champion d’Europe à Berlin. L’année suivante, il confirme avec une médaille de bronze aux championnats du monde de Doha.
Au-delà des résultats, Pascal Martinot-Lagarde a marqué sa discipline par sa régularité, sa longévité et un comportement unanimement salué.
