Les milliards magiques du tourisme sportif
Le sport possède un talent que même les meilleurs économistes peuvent lui envier : il sait transformer une compétition qui n’a pas encore commencé en dizaines de milliards de dollars.
À deux ans des Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles, une étude estime que l’événement pourrait générer entre 20,5 et 40,6 milliards de dollars d’activité économique. Avec une fourchette allant du simple au double, la médaille est assurée. Reste seulement à choisir sa couleur. L’étude, commandée par le comité d’organisation de Los Angeles 2028, promet également jusqu’à 224 000 emplois et environ deux millions de visiteurs. Ces derniers pourraient dépenser entre 1,6 et 4,3 milliards de dollars dans le comté de Los Angeles.
Encore faudra-t-il qu’ils aient envie de venir.
Donald Trump sera toujours à la Maison Blanche pendant les Jeux, organisés du 14 au 30 juillet 2028. Or, sa politique migratoire et l’image moins accueillante renvoyée par les États-Unis produisent déjà un effet repoussoir sur une partie des voyageurs étrangers. En 2025, le pays a enregistré une baisse de 6% des visiteurs internationaux et de 7% de leurs dépenses, alors que le tourisme continuait de progresser dans le reste du monde.
Quelques semaines avant la publication de l’étude sur les Jeux, la Coupe du monde de football avait pourtant démontré que le sport conservait une formidable puissance d’attraction. Organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique, le tournoi a réuni près de sept millions de spectateurs dans les stades. Selon une estimation de Bank of America, il aurait généré 40 milliards de dollars d’activité économique dans le monde, dont 20 milliards aux États-Unis.
Mais un supporter américain voyageant entre deux villes hôtes ne produit pas le même effet qu’un visiteur étranger prolongeant son séjour. Et une dépense réalisée dans un bar à Kansas City peut simplement remplacer celle qui aurait été effectuée ailleurs.
Les études consacrées aux retombées des grands événements reposent souvent sur cette curieuse comptabilité. Elles additionnent volontiers les dépenses, les investissements et les emplois créés, mais s’attardent moins sur les touristes habituels repoussés par la foule, la hausse des prix ou la crainte des transports saturés.
Los Angeles dispose toutefois d’un avantage. Comme le Mondial 2026, les Jeux de 2028 s’appuieront largement sur des équipements existants. Aucun nouveau site sportif permanent ne doit être construit. Une manière de limiter la facture et, peut-être, de rapprocher les retombées annoncées des bénéfices réels. Le succès touristique des Jeux ne se mesurera pourtant pas durant les quelques semaines de compétition. Il dépendra de la capacité de Los Angeles à transformer ses images et ses quartiers en envies de voyage durables.
