« Miroir du Cyclisme » : une revue mythique retrouve la lumière

De Jacques Anquetil à Miguel Indurain, en passant par Eddy Merckx et Bernard Hinault, la revue « Miroir du Cyclisme » a raconté pendant plus de trente-cinq ans les champions et les grandes heures du vélo. Dans un beau livre publié aux éditions En Exergue, riche en archives, photographies et souvenirs, l’écrivain et historien Bernard Chambaz ressuscite ce magazine iconique, avec le témoignage de Bernard Hinault, qui en signe la préface.

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L’Américain Greg LeMond collé dans la roue de Bernard Hinault sur le Tour 1985. ©Miroir du Cyclisme / En Exergue

Un coursier, de bon matin, m’a livré un livre. Un vrai. Un de ceux qui, dès qu’on les prend en main, racontent déjà quelque chose. Il est signé Bernard Chambaz et, en prime, accompagné d’une dédicace de l’auteur.

L’ouvrage sent bon le papier, les archives et les souvenirs. Il m’a surtout replongé dans un temps ancien, celui de l’adolescence, quand, en plus de L’Équipe, j’achetais surtout l’été cette revue consacrée au cyclisme. J’aimais Bernard Hinault, évidemment, et je voulais tout savoir de celui que l’on surnommait « le Blaireau ».

La Bible des passionnés

À la consultation du livre, les souvenirs remontent. Et Hinault lui-même, qui en signe la préface, résume parfaitement ce que représentait alors cette publication, « c’était la Bible ». Une Bible que les jeunes passionnés feuilletaient, lisaient et conservaient précieusement, à la recherche d’une information, d’une photographie ou d’un détail qui leur permettrait de mieux connaître leurs champions.

Pour Bernard Hinault, la revue avait également une valeur symbolique. « Être cité dans les pages du magazine, c’était le signe que j’entrais dans la cour des grands », écrit-il. La première fois qu’il y apparaît, c’est en avril 1975, à l’occasion de Paris-Nice. Le jeune Breton n’est encore qu’une promesse. Quelques années plus tard, il deviendra l’un des plus grands champions de l’histoire du cyclisme, avec notamment ses cinq victoires dans le Tour de France.

Qu’une revue, même disparue depuis longtemps, fasse l’objet d’un livre est chose suffisamment rare pour être soulignée. C’est une forme de consécration. En découvrant l’ouvrage, une question m’a cependant intrigué. Pourquoi le logo de L’Humanité en quatrième de couverture ? La réponse se trouve dans l’histoire personnelle de Bernard Chambaz. Fils de Jacques Chambaz, ancien dirigeant du Parti communiste français, l’auteur a d’ailleurs signé les premiers exemplaires de son livre à l’occasion de la Fête de l’Humanité, à la mi-septembre.

Quand les souvenirs remontent

Mais revenons à l’essentiel. Pendant plus de trente-cinq ans, « Miroir du Cyclisme » a été bien plus qu’un magazine sportif, il a été la mémoire du vélo français. Tous les quinze jours, journalistes, photographes et dessinateurs racontaient les courses, bien sûr, mais surtout les hommes qui les faisaient. « Le magazine ouvrait une fenêtre sur un monde où le vélo était une aventure, une culture, parfois une philosophie », peut-on lire encore sur la quatrième de couverture. Et il ne s’adressait pas uniquement qu’aux passionnés de compétition. Une rubrique était même consacrée au cyclotourisme, preuve que le vélo se vivait aussi loin des podiums et des grands tours.

En se replongeant dans les archives, Bernard Chambaz dit avoir rapidement distingué quatre grandes périodes dans l’histoire du magazine. « J’ai vite vu se dégager avec une espèce d’évidence quatre périodes d’environ une décennie : les années Anquetil, les années Merckx, les années Hinault et une quatrième période sans vrai patron, malgré le règne d’Indurain, qui correspond à la fois au déclin du magazine et à celui d’une certaine idée du cyclisme », justifie-t-il.

Dans la roue des champions

« Miroir du Cyclisme » n’est pas seulement le témoin des exploits des champions, il accompagne les mutations d’un sport et d’une époque. Les héros changent, les pratiques évoluent, la manière de raconter le vélo aussi. Et avec elle, progressivement, la place occupée par cette presse qui prenait le temps de raconter.

Soulignons la qualité de l’iconographie. Des photos extraordinaires. Vraiment. On redécouvre un temps où l’on lisait le vélo autant qu’on le regardait. Un temps où un magazine pouvait donner aux champions une dimension supplémentaire, presque romanesque.

Mention particulière pour la double page consacrée à Joaquim Agostinho, mort en course en 1984. Le champion portugais fait partie de ces coureurs que je suivais et que j’appréciais particulièrement. Le retrouver au fil de ces pages a fait, là encore, remonter quelques souvenirs.

Des souvenirs qui font écho aux mots de Bernard Hinault dans sa préface. « Ce livre n’est pas qu’un recueil de souvenirs, c’est aussi un hommage à une presse qui savait prendre le temps », explique-t-il. Une phrase qui résonne particulièrement aujourd’hui, à l’heure où l’information sportive se consomme souvent dans l’instant, sur les écrans et les réseaux sociaux.

Écrivain, historien et poète, Bernard Chambaz connaît intimement cet univers. Le cyclisme irrigue depuis longtemps son œuvre, où la mémoire, l’Histoire et la littérature se répondent. Il fait ici dialoguer les archives, les souvenirs et les textes pour ressusciter un monument de la presse sportive. C’est réussi.

Le « Miroir du Cyclisme » reprend la route

A propos, l’histoire ne s’est peut-être pas tout à fait arrêtée. À l’été 2025, « Miroir du cyclisme » a retrouvé les kiosques, sous la houlette de l’un de ses anciens rédacteurs, Jean-Emmanuel Ducoin. Le nouveau numéro se présente comme le 475ème. Bernard Chambaz le résume avec malice, « s’il ne prétend pas repartir pour trente ans, il ne prétend pas non plus le contraire ».

En attendant, ce beau livre fera le bonheur des passionnés. En le feuilletant, peut-être retrouveront-ils, comme moi, l’adolescent qui ouvrait la revue pour y chercher les dernières nouvelles de son champion.

Et la boucle est joliment bouclée. Sur la dernière double page figure le champion slovène Tadej Pogacar, maillot jaune sur les épaules. Une façon de rappeler que « Miroir du Cyclisme » appartient aussi au présent.

« Miroir du Cyclisme, l’histoire d’un magazine mythique »

Par Bernard Chambaz

Paru le 18 septembre 2026

Aux éditions En Exergue

192 pages, 35 euros

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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