Canicule : quand le bon sens l’emporte

Soixante-deux arrêtés préfectoraux interdisant des événements sportifs en un seul week-end. Le chiffre peut impressionner. Il suscitera forcément des critiques. Certains dénonceront un excès de précaution, d’autres regretteront les conséquences économiques pour les organisateurs ou la frustration des participants. Pourtant, difficile de ne pas y voir une décision de simple bon sens.

Le sport est, par nature, une école du dépassement de soi. Mais il ne doit jamais devenir une école de la prise de risque inutile. Courir un marathon, disputer un tournoi de football ou participer à un trail lorsque le thermomètre dépasse allègrement les 35 °C n’a rien d’un exploit. C’est parfois une loterie physiologique dont l’issue dépend davantage de l’âge, de l’état de santé ou du niveau d’acclimatation que de la préparation sportive.

Les organisateurs sont les premiers à souffrir de ces décisions. Derrière chaque annulation se cachent des mois de travail, des bénévoles mobilisés, des partenaires, des collectivités et, souvent, un équilibre financier fragile. On comprend leur déception. On comprend aussi celle des sportifs qui ont préparé leur rendez-vous pendant des semaines, voire des mois.

Mais une course se reporte. Une vie ne se remplace pas.

Longtemps, le sport a entretenu une culture où abandonner, reporter ou adapter une épreuve pouvait être perçu comme un aveu de faiblesse. Le changement climatique nous oblige désormais à revoir ces réflexes. Une vigilance orange ou rouge n’est plus un épisode exceptionnel : elle devient une donnée avec laquelle le monde sportif devra composer.

L’enjeu n’est plus seulement de décider, au dernier moment, si une compétition doit être maintenue. Il faudra apprendre à concevoir autrement les événements : horaires décalés, parcours plus ombragés, points de rafraîchissement renforcés, protocoles médicaux adaptés, voire calendriers repensés.

Ces adaptations auront un coût. Elles demanderont de la souplesse et parfois du courage face aux critiques. Mais elles constituent sans doute le prix à payer pour continuer à pratiquer et à organiser du sport dans un climat qui change plus vite que nos habitudes.

Le bon sens ne fait pas toujours l’unanimité. En matière de canicule, il sauve parfois des vies. Et cela devrait suffire à clore le débat.

Laurent Guena

Rédacteur en chef adjoint.
Contact: laurent.guena@sport-et-tourisme.fr

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