Mondial 2026 : carton rouge pour le prix du transport

Ils promettaient une Coupe du monde accessible. Elle commence par une addition salée. À un peu plus d’un an du coup d’envoi, la polémique enfle autour du MetLife Stadium, qui accueillera huit rencontres du Mondial 2026, dont la finale. En cause : un tarif de transport qui fait bondir supporters et organisateurs. Pour parcourir les 30 kilomètres séparant New York du stade, les spectateurs devront débourser jusqu’à 150 dollars aller-retour en train, contre environ 12,90 dollars habituellement.

Lors d’une conférence de presse, Kris Kolluri, patron du New Jersey Transit, s’est défendu de toute logique lucrative : « Nous ne cherchons pas à faire de profit ». Mais la justification peine à convaincre. Les 48 millions de dollars nécessaires à l’exploitation des trains spéciaux doivent être compensés, affirme-t-il, faute de quoi les usagers quotidiens subventionneraient jusqu’à 92 % du dispositif.

La FIFA elle-même sort de sa réserve. Dans un communiqué inhabituellement critique, son directeur des opérations, Heimo Schirgi, dénonce un tarif fixé « arbitrairement » et évoque une situation « sans précédent ». L’instance rappelle que le dossier de candidature initial prévoyait la gratuité des transports les jours de match – comme ce fut le cas lors du Coupe du monde de football 2022. « On est très loin des engagements pris », regrette Guillaume Auprêtre, porte-parole des Irrésistibles Français, un groupe de supporters. Même tonalité du côté britannique : pour Thomas Concannon, de la Fédération des supporters anglais et gallois, « c’est complètement hors norme ».

Cette tension illustre une contradiction croissante : alors que la FIFA projette plus de 11 milliards de dollars de revenus pour ce Mondial, l’accès physique aux stades devient un luxe.

L’impact touristique pourrait être réel. New York et le New Jersey attendent près d’un million de visiteurs et trois milliards de retombées économiques. Mais à ce niveau de prix, certains fans pourraient renoncer — ou arbitrer leurs dépenses au détriment de l’expérience globale. Le problème est d’autant plus sensible que les solutions alternatives restent limitées. Les navettes officielles transporteront environ 10.000 personnes pour 80 dollars aller-retour. Quant à la voiture, elle relève presque du luxe : les rares places de parking autour du stade avoisinent déjà les 225 dollars.

Un chiffre qui en dit long sur l’équation logistique. Car au-delà du prix, c’est bien la capacité d’accueil qui interroge. Avec 78.000 places dans le stade mais seulement 40.000 billets de train disponibles par match, l’équilibre paraît fragile. Dans le même temps, les autorités demandent aux habitants de privilégier le télétravail les jours de rencontre. Une Coupe du monde pensée pour les visiteurs… au prix d’un quotidien perturbé pour les locaux.

Le cas new-yorkais n’est pas isolé. À Boston, le trajet vers Foxborough grimpe à 80 dollars — dix fois le tarif habituel. À l’inverse, Philadelphie maintient ses prix standards. Une disparité qui interroge sur la coordination globale de l’événement. En creux, cette polémique raconte autre chose : la difficulté croissante d’organiser des méga-événements dans des métropoles déjà saturées, où chaque infrastructure a un coût.

Laurent Guena

Rédacteur en chef adjoint.
Contact: laurent.guena@sport-et-tourisme.fr

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