Mondial 2026 : l’Afrique invitée d’honneur… sous caution

Dix sur quarante-huit. Le chiffre pourrait passer pour anodin dans un Mondial élargi. Il est, en réalité, historique. Pour la première fois, dix nations africaines seront au rendez-vous de la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Jamais le continent n’avait été aussi présent. Jamais, surtout, il n’avait été aussi légitime.

Car le football doit beaucoup à l’Afrique. Plus que des joueurs : une énergie, une créativité, une manière de jouer et de vivre le jeu qui a irrigué les championnats européens et électrisé les grandes compétitions. Depuis des décennies, les talents africains nourrissent les clubs, remplissent les stades, font vibrer les écrans. Le Mondial 2026 ne fait que reconnaître, enfin, ce que le terrain a toujours dit : l’Afrique n’est pas une invitée, elle est une colonne vertébrale du football mondial.

Sur le papier, tout est donc réuni pour une grande fête. Une Coupe du monde élargie, des équipes africaines nombreuses, des diasporas puissantes, un continent qui voyage, qui consomme, qui rêve. Pour les destinations hôtes, c’est une opportunité touristique majeure : accueillir ces supporters, c’est accueillir une ferveur, une couleur, une visibilité que l’argent seul ne sait pas acheter.

Et pourtant.

Au moment même où cette promesse s’écrit, une autre réalité s’impose, plus froide, plus administrative, plus révélatrice aussi. Les États-Unis ont instauré un système de cautions pour certains visas touristiques. Jusqu’à 15 000 dollars, exigibles selon les profils. Officiellement, il s’agit de lutter contre les dépassements de séjour. Dans les faits, plusieurs pays africains qualifiés sont concernés.

Le message, lui, est limpide. Vous êtes assez bons pour jouer. Pas forcément assez solvables pour entrer.

Ce paradoxe dit beaucoup de notre époque. Le football mondial s’ouvre, s’élargit, s’universalise – mais ses frontières, elles, restent bien réelles. On célèbre la diversité sur le terrain, on la filtre à l’entrée. On applaudit les nations africaines quand elles brillent, on complique la venue de leurs supporters quand il s’agit de les soutenir.

Une Coupe du monde sans ses publics est une vitrine sans âme. Et une Coupe du monde qui trie ses supporters par leur capacité à déposer une caution n’est plus tout à fait universelle.

Alors oui, réjouissons-nous. Réjouissons-nous de voir dix drapeaux africains flotter en Amérique du Nord. Réjouissons-nous pour le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la RD Congo ou le Cap-Vert, qui porteront avec eux des millions de passions.

Mais n’oublions pas ceci : le football doit autant à ceux qui jouent qu’à ceux qui traversent des continents pour chanter dans les tribunes.

Et en 2026, certains devront commencer par payer pour avoir ce droit.

Laurent Guena

Rédacteur en chef adjoint.
Contact: laurent.guena@sport-et-tourisme.fr

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