La prudence ne gâche pas le plaisir
Le drame survenu cette semaine sur la plage des Blancs-Sablons, au Conquet, où trois personnes ont perdu la vie lors d’une sortie de longe-côte, bouleverse bien au-delà du Finistère. Peut-être justement parce qu’il touche une activité associée à tout ce que notre époque valorise : le sport doux, le bien-être, le lien social, le grand air et le vieillissement actif.
Le longe-côte n’appartient pas à l’imaginaire des sports extrêmes. On ne parle ni d’alpinisme engagé ni de traversée océanique. Ceux qui le pratiquent viennent chercher un moment de détente, de mouvement, parfois même une forme de thérapie face au temps qui passe. Des groupes se retrouvent chaque semaine sur les plages bretonnes, dans une ambiance souvent conviviale et rassurante.
Et pourtant, en quelques minutes, tout peut basculer.
Une houle plus forte que prévu, des rouleaux resserrés, une eau froide, un déséquilibre, la fatigue… La mer ne distingue pas les activités “à risque” des autres. Elle impose simplement ses propres règles. Même sur une plage réputée sans danger particulier. Même à quelques mètres du rivage.
Ce drame rappelle surtout une vérité que les sociétés modernes ont parfois tendance à oublier : les activités de pleine nature ne deviennent jamais totalement prévisibles. À force de rendre le sport et le tourisme toujours plus accessibles, plus encadrés, plus “sécurisés”, nous finissons parfois par croire que l’environnement lui-même a été domestiqué. Même si, dans ce cas précis, personne ne semble avoir pris de risques insensés et sans doute ne peut-on blâmer qu’un épouvantable concours de circonstances défavorables.
Cela ne signifie donc surtout pas qu’il faudrait renoncer au longe-côte, aux randonnées en mer, au paddle ou aux baignades. Ce serait absurde. Ces pratiques apportent énormément, physiquement comme moralement. Mais peut-être faut-il réhabiliter une notion devenue presque impopulaire : la prudence. Non pas la peur. Non pas l’immobilité. Encore moins la culpabilisation après coup. Simplement l’idée que renoncer un jour de forte houle, reporter une sortie ou surestimer les conditions n’a rien de honteux.
Dans les sports de nature, la prudence ne gâche pas le plaisir. Elle permet justement de continuer à en profiter.
