Stéphane Diagana : « Bouger, c’est se sentir vivant »

« Le sport pour lutter contre la sédentarité » était l’une des thématiques abordées dans le cadre du Paris Running Festival qui s’est tenu au Parc des Princes (Paris) jeudi 27 mai. L’occasion notamment pour l’ancien champion du monde du 400 m haies Stéphane Diagana de rappeler les bienfaits de l’activité physique sur la santé.

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Stéphane Diagana, Grégory Vermesch et Boris Ghirardi lors du Paris Running Festival

Selon une étude de l’OMS, la sédentarité est aujourd’hui considérée aujourd’hui comme le 4ème facteur de risque de décès dans le monde. Quant à l’inactivité physique, elle demeure la première cause de mortalité évitable. « Il faut différencier la sédentarité de l’inactivité physique, ce sont deux causes de mortalité et de risque indépendants » prévient Stéphane Diagana expliquant « qu’on peut être sédentaire en étant assis 7 heures au travail par jour et actif physiquement en pratiquant au minimum 30 minutes de sport au quotidien ». En fait l’enjeu, poursuit l’ancien champion, « c’est de s’occuper de sa sédentarité » en « travaillant debout dès que possible, et en étant très actif sur ses temps de loisirs et de déplacement ».

Un constat que partage aussi Boris Ghirardi, athlète handisport, qui évoque la nécessité de « se mettre en mouvement pour rompre toutes ces routines néfastes à termes sur notre santé ». Présent également lors de cette table ronde au Parc des Princes, Grégory Vermesch, Responsable France et Espagne chez l’appli Strava, s’inquiète quant à lui de certaines statistiques affirmant que « 66% des 11 – 17 ans consacrent plus de deux heures par jour aux écrans alors qu’ils effectuent moins de 60 minutes d’activité physique ». Le dirigeant en profite pour rappeler que « Strava n’est pas du temps écran, ce n’est pas notre modèle. Nous voulons que les gens passent un maximum de temps à l’extérieur ». Grégory Vermesch délivre d’ailleurs cette data, « pour une minute passée derrière un écran, le sportif sur Strava passe 50 minutes à faire du sport ».

Plusieurs sports plutôt qu’un

Afin de limiter les effets négatifs de la sédentarité, il est préférable de privilégier la pratique de plusieurs sports. Tant sur la plan cardio-vasculaire qu’au niveau des fonctions cognitives. « Les gens qui font du tennis, du yoya et de la course à pied présentent aussi moins de risques de blessure que ceux qui ne font que du running » concède Stéphane Diagana. Un propos qui valide cette statistique rapportée par Grégory Vermesch affirmant que « les marathoniens qui ont battu leur record l’an dernier ont injecté 13% d’activité en plus que le running dans leur entrainement afin d’améliorer leur performance ».

Si l’on s’en tient au seul marathon, Stéphane Diagana met en avant une autre étude réalisée en 2016-2017 portant sur 140 participants âgés de 23 à 60 ans courant pour la première fois le marathon de Londres. « L’étude a montré, grâce aux effets de l’entrainement, un rajeunissement de leur âge artériel de 4 ans ». Autrement dit, poursuit l’ancien champion du monde, « nous sommes faits pour le mouvement ». Avec cet implacable constat, « il y a très très longtemps l’agriculture a commencé à nous sédentariser, puis est venue la révolution industrielle, puis aujourd’hui la révolution numérique réduisant un peu plus notre temps d’activité physique ».

Ce qui est vrai pour les valides l’est tout autant sinon plus pour les personnes en situation de handicap moteur. « Outre une forme d’isolement, il existe également un problème de matériel. Très peu de solutions arrivent et lorsqu’elles arrivent, elles sont extrêmement coûteuses » résume Boris Ghirardi amputé d’une jambe à la suite d’un accident de moto en 2019 et qui porte un projet de lame en collaboration avec i-Run, Salomon, Airbus et l’Ecole des Mines d’Albi. « Le but, c’est que cette prothèse soit la plus accessible possible en terme de prix et d’utilisation » ajoute-t-il tout en précisant « qu’une lame coûte en moyenne aujourd’hui entre 6 000 et 10 000 euros ». L’enjeu est capital car « cela permettra de sauver des personnes de la sédentarité alors qu’elles y sont condamnées » affirme Boris Ghirardi.

Le sport, vecteur de mieux-être et d’apaisement

Autre chiffre inquiétant mis en avant par Chloé Henin, présentatrice de cette table ronde, depuis le début de la crise sanitaire, 31% des Français présenteraient un état anxieux ou dépressif. Est-ce que le sport favoriserait un mieux-être ? Pour Stéphane Diagana, la réponse est clairement oui car l’activité physique entraine « une meilleure oxygénation et une meilleure vascularisation ». « Ce n’est pas un hasard si beaucoup de gens nous disent qu’ils sont partis courir avec des problèmes et qu’ils reviennent avec des solutions » constate celui qui est aujourd’hui chargé de la préparation des athlètes olympique et paralympiques dans la perspective des Jeux de Paris 2024.

Une nouvelle statistique délivrée sur plateau indique qu’en 2020, 30% de personnes interrogées ont débuté la course à pied pour surmonter une épreuve personnelle. Boris Ghirardi en est convaincu, « l’activité physique participe à la reconstruction. C’est une thérapie ». En lui demeure toujours le souvenir de la sensation du vent sur son visage dès lors qu’il a pu recourir, « le cerveau remémorise ces sensations-là, et il faut l’expliquer et encourager la reprise de l’activité physique dans les centres de rééducation, ça libère des endorphines ». « On l’oublie avec nos modes de vie, mais bouger, c’est se sentir vivant » ajoute Stéphane Diagana soucieux de bien distinguer la fatigue physique de la fatigue psychologique.

L’ancien athlète de haut niveau le rappelle régulièrement, « on peut tirer bénéfice d’une reprise de l’activité physique à tous les âges ». Et paradoxalement, « plus on est sédentaire, plus l’activité physique va nous être profitable ». Ce qui signifie qu’une personne de 70 ans qui se met au sport va être une de celle qui va en tirer le plus avantage. « Quand on passe de rien à un peu, on ressent déjà beaucoup d’effet » explique Stéphane Diagana qui conseille aux débutants de « démarrer la journée en effectuant le tour du pâté de maisons un jour sur deux en marchant 15 minutes – avec un peu d’essoufflement – avant de prendre le petit-déjeuner ». La leçon : « accepter de faire peu et régulièrement au début plutôt que beaucoup et rarement ». « Faire le tour du pâté de maison en fauteuil, à l’aide béquilles…, il faut oser bouger, il y a toujours des solutions » conclut pour sa part Boris Ghirardi. Enfin Grégory Vermesch retient lui la notion de territoire et de géographie, « rechercher des parcours, faire ses tracés, puis courir, rouler pour enfin partager son expérience aves ses proches, je trouve le process fascinant. Cela fait 15 ans que je le fais tous les week-ends ». Alors, vive le sport !

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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