Les stations de ski en danger de mort

Alors que les professionnels de la montagne continuent de demander une réouverture des remontées mécaniques le plus vite possible, le premier Ministre Jean Castex a annoncé que celles-ci ne rouvriraient pas avant la fin du mois de janvier. Un énième coup dur pour tous les acteurs concernés.

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Aujourd’hui les stations dans leur ensemble enregistrent une baisse d’activité de plus de 80% par rapport à l’année 2019/20.

Un nouveau point sur la situation sera effectué le 20 janvier, soit à deux semaines des vacances d’hiver (5 février – 7 mars lorsqu’on inclut les trois zones). Comme le rappelait dans nos colonnes Yariv Abehsera, président fondateur de Travelski,  ces quatre semaines de vacances sont vitales car elles représentent « environ 50% du chiffre d’affaires des stations ». Eric Lanoë, secrétaire général de l’Association Savoyarde des Classes de Découvertes (ASCD), ne dit pas autre chose et parle des décisions du gouvernement comme d’un « non sens » avec derrière « le risque d’une catastrophe économique ».

Suspendues aux annonces de l’exécutif, les acteurs de la montagne, déjà privés des vacances de Noël n’ont toujours pas commencé leur saison. Ils craignent désormais que celle-ci soit complètement blanche. « Sur les 15 jours de Noël et du Nouvel An, les pertes financières sont estimées à 1,6 MdE pour l’ensemble de la filière » a indiqué Alexandre Maulin, président de Domaines skiables de France (syndicat national des gestionnaires de remontées mécaniques). Ainsi le nombre de nuitées touristiques enregistrées dans les stations de l’Isère en décembre 2020 aurait chuté de 42% par rapport à l’an dernier.

Pourquoi sacrifier la montagne française

L’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) qui ne comprend pas pourquoi « on sacrifie la montagne française » réitère via un tweet sa demande « d’ouverture des remontées mécaniques au plus vite pour éviter une catastrophe économique et sociale qui concernera tous les territoires de montagne ». « Avec un taux moyen d’occupation de 25%, soit -70% par rapport à 2019-2020, et une baisse de plus de 80% de l’activité économique, les stations de montagne paient un très lourd tribut à la crise sanitaire » déplore l’association présidée par Jean-Luc Boch.

Invité sur la chaîne BFM Business au lendemain des annonces de Jean Castex, Dominique Marcel, PDG de la Compagnie des Alpes qui exploite dix des plus grandes stations françaises, parle de l’ouverture des remontées mécaniques en février comme d’une « question de vie ou de mort pour un certain nombre d’acteurs ». Le dirigeant en est convaincu, « si on n’ouvre pas en février, la saison est terminée, des stations vont avoir de vrais problèmes d’existence ». Jean Castex dit comprendre l’inquiétude des professionnels de la montagne et leur besoin de visibilité, il juge toutefois « prématuré de prendre une décision aujourd’hui, compte tenu des incertitudes sanitaires qui demeurent ». Rendez-vous donc au 20 janvier pour de nouvelles annonces.

La stratégie d’Isère Attractivité pour surmonter la crise

Lors de ses annonces du jeudi 7 janvier, le gouvernement a prévenu que les remontées mécaniques des stations ne pourraient pas ouvrir dans les prochains jours, la perspective du 20 janvier a été avancée comme date de revoyure pour une ouverture éventuelle début février en fonction de l’évolution de la crise sanitaire. Un coup dur pour les professionnels de la montagne qui ont pourtant apporté à Noël la démonstration de leurs responsabilités et de leur capacité à agir, en proposant des alternatives au ski alpin tout en assurant les gestes barrières.

Face aux graves conséquences économiques et sociales pour le secteur touristique, le département de l’Isère et son agence Isère Attractivité développent une stratégie de crise à trois niveaux : mesurer les impacts de la crise pour mieux la comprendre ; gérer ses effets et accompagner les territoires et les entreprises ; sortir de cette crise en imaginant le tourisme de demain.

Mesurer les impacts de la crise pour mieux la comprendre mais aussi partager les données avec les professionnels, les élus et l’Etat Isère Attractivité s’est doté en 2018 d’un outil de monitoring pour analyser chaque année la performance économique des différents secteurs d’activités composant l’offre touristique de l’Isère. Ceci a permis à l’agence de prendre rapidement la mesure en avril dernier de la gravité de la crise à venir. Le premier confinement a fait perdre 380 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’économie touristique iséroise, la saison estivale, malgré une excellente fréquentation des visiteurs français, a généré 120 millions d’€ de pertes, la deuxième vague COVID et la fermeture des remontées mécaniques pendant les vacances de Noël ont causé 250 millions d’€ de pertes. Sur l’ensemble de l’année, l’Isère a ainsi perdu 1,8 million de nuitées touristiques françaises par rapport à 2019 (-12%) et 4 millions de nuitées étrangères (- 40 %). L’année 2020 se termine avec un bilan de 750 millions d’euros de pertes pour l’une des économies les plus importantes du territoire isérois (2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019 et 23 300 emplois).

La faiblesse de l’activité a aussi un impact considérable sur les filières sous-traitantes : 5 000 restaurants isérois fermés, ce sont autant de producteurs, viticulteurs, artisans, services de blanchisserie…qui perdent leur principal débouché. 22 stations avec des remontées mécaniques fermées, ce sont des centaines d’équipementiers (matériels et équipement des domaines skiables, matériel de ski et autres activités, vêtements…) installés pour un grand nombre dans le bassin grenoblois, qui se retrouvent sans débouchés. Nous nous réjouissons de l’essor de la pratique de la raquette et du ski de rando ces trois dernières années, mais rappelons qu’en 2019 le ski nordique a généré 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires et les remontées mécaniques 128 millions d’euros. Les stations de montagne sont des villages qui ont l’ambition de vivre à l’année, mais jusqu’à présent, c’est bien le ski alpin et les remontées mécaniques qui font vivre cet écosystème en hiver.

Gérer les effets de la crise, accompagner les territoires et les entreprises, faire remonter leurs attentes et besoins auprès de l’Etat pour des aides plus complètes et mieux adaptées Le tourisme est une compétence partagée. Face à la crise sanitaire, chaque collectivité joue son rôle. Le département de l’Isère a abondé le Fonds Région Unie, lancé par la Région Auvergne Rhône-Alpes à hauteur de 5 Millions d’euros. Il a aussi une fonction d’amortisseur social, il a participé par exemple en Isère à l’achat de tests antigéniques à destination des stations, il soutiendra la mise en place des centres de test de proximité ; il a demandé à l’agence d’attractivité de mettre en place au printemps un centre d’appels à destination des entreprises touristiques, de réaliser des opérations solidaires pour les restaurateurs et les personnels soignants. Grâce à un dispositif original, les Contrats de Performance des Alpes de l’Isère, le Département permet à l’aide de la taxe collectée sur les remontées mécaniques de financer les projets de diversification dans les stations iséroises. Les communes et les communautés de communes assurent quant à elles la sécurité de leurs habitants et de leurs entreprises

Sortir de la crise, imaginer le tourisme de demain et demander à l’Etat de la visibilité et des perspectives Cette pandémie qui serait venue de Chine, nous invite aussi à réfléchir à l’étymologie du mot «Wei-ji» en chinois qui désigne dans sa première partie le mot « crise » et dans sa seconde « opportunité ».

Dans les années 60 un plan montagne d’envergure a été l’élément déclencheur de l’épopée de l’or blanc. Aujourd’hui un nouveau plan « station de montagne » porté par l’état est indispensable. Ce nouveau plan devra accompagner les stations de montagne dans les nouveaux défis qui vont se poser à elle : repenser l’offre pour garantir la montagne quatre saisons, répondre aux nouvelles attentes des clientèles et faire face au changement climatique. Les objectifs seraient de faire évoluer l’usage et les bénéfices des stations de donner l’accès aux plus jeunes et aux plus modestes aux richesses naturelles de la montagne, de repenser l’habitat et d’optimiser la gouvernance des stations.

Dans ce contexte-là, la montagne iséroise a vocation à devenir un territoire national d’expérimentation du tourisme de demain et son positionnement dans la dimension bien-être et santé va dans ce sens.

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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