Arnaud Di Pasquale : « J’ai vraiment cru qu’on allait se planter en Uruguay »
L’ancien tennisman 39ème mondial en avril 2000, devenu aujourd’hui un éminent directeur de tournoi de padel, a toujours été attiré par les voyages. Il nous confie ses coups de cœur.

Vous avez beaucoup voyagé. Quels sont les endroits qui vous ont vraiment marqué. En France ou à l’étranger ?
Mon rêve d’enfant était de me rendre en Australie. Après avoir beaucoup « bourlingué », fait plusieurs fois le tour du monde, j’ai finalement été vraiment marqué par l’Amérique du Sud, pour plusieurs raisons.
D’abord, il y avait ce côté latin. Ensuite, les joueurs de terre battue y excellaient. J’ai grandi sur cette surface. J’avais davantage d’amis sur le circuit, naturellement des terriens. Nous disputions ce type de tournois.
Les gens et le climat me convenaient bien aussi. J’ai notamment trouvé Buenos Aires géniale. Un ami y vivait et m’avait fait une visite détaillée de la ville. J’avais vu les places connues. Je vivais aussi à l’heure du tango, à l’apéro, avec ces gens qui dansaient.
Il y régnait une ambiance très particulière et une histoire très forte, avec quelque chose de très différent de ce qu’on respire chez nous. J’ai également beaucoup apprécié la Colombie et le Venezuela. Je me régalais toujours lors de ces tournées en Amérique du Sud.
Acapulco, « un endroit paradisiaque »
En dehors de Roland-Garros et des Grands Chelems, quel était votre tournoi préféré ?
Il y en a eu beaucoup. Mais j’avais vraiment adoré le tournoi d’Acapulco. Je ne m’y attendais pas. C’était une découverte. Nous logions dans un hôtel somptueux en bord de mer. Le club se situait à dix minutes à pied. Toutes les conditions optimales étaient réunies. On était vraiment aux petits soins pour les joueurs. Les gens étaient adorables. Bref, des conditions de rêve ! C’était un endroit paradisiaque. Tout était magnifique. L’organisation était sans faille. Cela contribue beaucoup à laisser un souvenir impérissable aux joueurs et aux joueuses.
Il n’est pas étonnant non plus que, pendant des années, le tournoi d’Indianapolis ait été élu meilleur tournoi par les joueurs. À l’issue de la compétition, il y avait toujours un petit cadeau pour eux. C’est simple, mais on en tient compte.
« Je ne pouvais pas être à Rome sans me rendre au Vatican »
Joueur, aviez-vous le temps de faire du tourisme pendant vos tournois ?
Si je fais un peu d’humour, je réponds par l’affirmative, car je perdais assez tôt dans les tournois. Et surtout, j’avais un entraîneur, Alain Solvès, très ouvert à la culture. Il partait sur chaque tournée avec une dizaine de livres. Il les « dévorait » en quinze jours. Il me poussait vraiment à m’interroger sur les endroits où je me trouvais. Par exemple, je ne pouvais pas être à Rome sans me rendre au Vatican. À chaque étape, il avait cette volonté de me faire grandir et de m’éduquer.
Pouvez-vous raconter une anecdote de voyage ?
Bien sûr, un passeport a forcément été oublié à un moment ou à un autre. Mais je me souviens qu’une année, en arrivant en Uruguay, nous avons traversé d’énormes turbulences. J’ai vraiment cru que l’on allait se « planter ». Je démarrais alors le circuit sur un satellite. J’avais 17 ou 18 ans. Nous y allions avec des amis. Pourtant, je n’ai pas peur en avion. Mais pendant vingt minutes, le vent était incroyable. L’appareil bougeait dans tous les sens. On se demandait si nous allions parvenir à nous poser. Cela a été la première et la dernière fois que j’ai eu aussi peur.
Comment choisissez-vous vos vacances. Etes-vous voyage organisé ou improvisé ?
C’est plutôt organisé. Je n’aime pas qu’on me dicte chaque jour ce que je dois faire (sourire). Mais j’aime savoir où aller, à quel endroit, en revanche pas à la dernière minute. Il y a des destinations que j’ai listées, des endroits que j’ai déjà faits ou que j’ai envie de refaire. Cela dépend de l’humeur et de plein de choses…
« Les araignées énormes grillées en Thaïlande… »
Un récent voyage de vacances vous a-t-il marqué ?
J’ai adoré la Thaïlande. Nous étions partis en famille quinze jours, il y a quelques années. J’ai vraiment adoré Bangkok. C’est un endroit hyper dépaysant. On peut vous présenter d’énormes araignées grillées sur le bord de la route. C’est vite impressionnant. Vous êtes immédiatement dans le bain. Et puis il y a ces îles paradisiaques. Vous regardez vos enfants les admirer avec émerveillement. C’est fantastique. Je me souviens aussi des touks-touks. Cela klaxonne partout dans la rue. C’est le désordre total. Finalement il y a peu d’accidents par rapport au foutoir généré.
« Je garde un attachement très fort au Maroc »
Vous êtes né à Casablanca. Quel lien et quels souvenirs gardez-vous de cette ville ?
Ma famille se trouve encore là-bas. Je me sens toujours très proche du Maroc. Sans en avoir la double nationalité, j’en ai un peu la culture.
J’y suis resté jusqu’à mes 12 ans. Mes frères et sœurs y sont restés jusqu’à leur bac. Un frère et une sœur vivent encore là-bas, tout comme mon père et ma belle-mère. Je n’y vais pas très souvent, une fois par an. Mais je garde un attachement très fort au Maroc. Vous vous sentez chez vous à chaque fois. J’ai grandi dans ce pays. C’est au Maroc que j’ai fait mes armes, que j’ai découvert le tennis. Je ressens beaucoup de nostalgie quand j’y suis.
Si vous deviez poser vos valises, le paradis serait où ?
Il est là où j’habite : à Anglet. J’y suis installé depuis cinq ans. C’est une région très sportive, les gens sont sympas. Vous mangez bien. Vous avez l’océan, les montagnes à une heure et demie, l’Espagne à trente minutes. Vous roulez un peu plus loin et vous vous rendez au Portugal. Le climat est assez doux.
Vous êtes de plus en plus impliqué dans le domaine du padel. Pouvez-vous en parler ?
Je suis directeur de l’Alpine Paris Major pour la cinquième année. Nous organisons un Grand Chelem de padel au stade Roland-Garros. Ce tournoi grandit d’année en année, à l’image du padel. Nous sommes à guichets fermés le samedi et le dimanche. Nous accueillons plus de 14 000 personnes le samedi et, sur le court central le dimanche, pour assister aux demi-finales et à la finale de padel à Roland-Garros. La croissance est très forte.
Le padel, « un sport fun et accessible »
Comment l’expliquez-vous ?
C’est un sport « fun », ludique et accessible. Le padel donne à tout le monde l’impression d’être bon. C’est assez rare d’avoir un tel ressenti aussi rapidement dans un sport. Les gens recherchent ce type de sensation. Cette discipline n’est pas près de s’arrêter.
Au point que beaucoup d’établissements voyagistes proposent désormais cette activité dans leurs programmes, avec des séjours padel !
J’ai remarqué cela. C’est tout à fait cohérent et dans l’air du temps. Cela va s’inscrire dans la durée. Ce n’est pas seulement une mode ou une tendance. En France, on compte plus de 800 000 pratiquants. C’est colossal. En Espagne, il y en a 4 ou 5 millions. Cela explose en Europe. Pas mal de groupes hôteliers s’y mettent. Cette discipline prend partout.
Le padel doit-il devenir une discipline olympique ?
Je le souhaite. C’est très spectaculaire et l’ambiance est excellente dans les stades. Néanmoins, pour être éligible comme discipline olympique, certains critères doivent être remplis. Il me semble qu’ils ne le sont pas encore totalement, mais il y a de bonnes chances que cela arrive vite. Il manque encore un peu d’internationalisation chez les professionnels du padel : on compte principalement des Espagnols et des Argentins. Cependant, d’autres joueurs d’autres nationalités commencent à rivaliser avec eux. On voit désormais des tournois partout dans le monde.
Pas de guerre entre padel et tennis
Le padel va-t-il faire beaucoup d’ombre au tennis ?
Franchement, je ne pense pas. D’après les analyses que l’on peut faire en France, l’impulsion au départ est principalement donnée par les joueurs de tennis. Cependant, la proportion a pas mal évolué. Plus de 60% des joueurs de padel ne viennent pas du tennis, et ce pourcentage augmente encore.
Ce n’est donc pas vraiment le sujet. Au tennis, on appelle certains joueurs les « abandonnistes ». Ils ne pratiquent plus ce sport et se mettent au padel. Dans ce cas, sous le giron de la FFT, la fédération les récupère.
Pour les clubs de tennis qui fonctionnent très bien, c’est une excellente chose. Pour ceux qui « toussent » ou sont en difficulté, c’est aussi très positif, car le padel permet de les redynamiser. Cela redonne de la vie dans les clubs.
S’il y avait deux ou trois choses à changer très urgemment sur le circuit professionnel du tennis, ce serait quoi ?
On se plaint aujourd’hui parfois que les matchs sont trop longs, et on essaie de les raccourcir. Ce que je vais dire est assez basique. Actuellement, les joueurs et les joueuses peuvent sortir du court, aller aux toilettes, revenir, ou encore, à la fin des sets, aller se changer complètement, sauf conditions extrêmes. À un moment donné, il faut arrêter avec tous ces temps d’arrêt. Cela devient un peu fatigant.
Progressivement, les choses sont de plus en plus respectées. Après, pourquoi ne pas réfléchir aussi au « let » au service ? Je me pose la question. Dans d’autres sports, cette règle a été intégrée. Pourquoi pas au tennis ?
Mais, d’un autre côté, j’aime ce sport tel qu’il est aujourd’hui. J’ai tendance à être un peu conservateur.
Quelques éléments de biographie
L’an 2000 marque le climax de la carrière d’Arnaud Di Pasquale. Il intègre le top 40 mondial. Mais surtout, il décroche une fabuleuse médaille de bronze aux Jeux olympiques de Sydney, en battant un certain… Roger Federer pour la troisième place. « Cette médaille olympique et cette victoire contre Federer restent de loin mon meilleur souvenir de carrière. J’étais sublimé par l’événement, par le fait de porter le maillot de l’équipe de France, de représenter le drapeau. J’avais réussi à jouer à un niveau que je ne pouvais pas maintenir le reste de l’année. J’étais dans un état de grâce. Je me suis senti presque invincible ».
« Je me suis vraiment régalé pendant ma carrière »
Avec 69 victoires pour 98 défaites sur le grand circuit, l’ancien vainqueur du tournoi de Palerme en 1999, huitième de finaliste à Roland-Garros en 1999 et 2002, est fier du chemin parcouru. « Je ne peux pas avoir de regrets. J’ai été beaucoup blessé, mais je ne garde que le positif. Je pars de mon petit club de “Casa” et je me retrouve à disputer tous les Grands Chelems face aux plus grands joueurs du monde. J’ai eu la chance de rencontrer Sampras, Agassi, Nadal, Djokovic et Federer. Je considère ces rencontres comme une chance inouïe. J’étais à cheval sur ces deux générations. Ensuite, on ne refait pas l’histoire. Sur le moment, je donnais ce que j’avais. Je me suis vraiment régalé pendant ma carrière ».
