Cédrine Kerbaol : « J’ai vraiment hâte de retourner au Brésil ! »
La pensionnaire de l’équipe EF Education-Oatly, l’un des fleurons du cyclisme féminin français, nourrit depuis sa plus tendre enfance un goût prononcé pour les voyages. Une passion qui n’a cessé de grandir au fil des années. Découvrons avec elle ses coups de cœur.

Vous avez grandi à Plouarzel, pouvez-vous nous parler de votre Finistère natal ?
J’ai grandi dans cet environnement calme, au « fin fond » de la Bretagne. J’ai été bercée par les vagues et je suis heureuse d’avoir connu cette enfance au plus près de la mer. Tout semblait simple. Les journées s’enchaînaient naturellement. Dès la maternelle, je me rendais à l’école à vélo. Le soir, il nous arrivait de partir pique-niquer sur la plage avec mes parents et mon petit frère.
Cette période a été très épanouissante. J’ai pu profiter pleinement de mes loisirs tout en réussissant à l’école. J’ai pratiqué de nombreux sports nautiques, notamment le surf, avant de me consacrer davantage au vélo. J’ai également fait de la lutte bretonne et de l’escalade.
J’ai toujours été très fière de mes origines bretonnes et profondément attachée au Finistère. Mais j’ai aussi eu la chance de découvrir d’autres horizons grâce à mes parents. Ils possédaient un van aménagé et, pendant les vacances scolaires, nous partions régulièrement explorer une nouvelle région ou un nouveau pays. Nous sommes notamment allés en Espagne et en Norvège.
« En Ecosse, nous avons pagayé dans la brume avant de rejoindre un château »
Quels ont été les endroits les plus marquants ?
Il y en a eu beaucoup. Une fois mon permis de conduire obtenu, j’ai acheté un van que je possède toujours aujourd’hui. D’ailleurs, je vous réponds actuellement depuis celui-ci.
Je l’ai utilisé lors de plusieurs stages en altitude, notamment à Tignes. J’ai également beaucoup voyagé dans le sud de la France, autour de Valence. Pendant une dizaine de jours, je changeais d’endroit chaque soir. L’été, c’était magnifique : les champs de lavande à perte de vue, le chant des grillons, les montagnes en arrière-plan… J’ai adoré ces moments-là.
Quand je regarde les albums photo de famille, certains souvenirs me reviennent immédiatement. Je pense notamment à cette matinée en Écosse où nous étions garés près d’un lac. Nous avions gonflé nos kayaks avant de rejoindre un château en pagayant dans la brume. Ce genre d’expérience a façonné mon lifestyle. Avec une part d’imprévu, sans toujours savoir où je serai le lendemain.
L’hiver dernier, j’avais prévu de partir en van jusqu’en Grèce, mais le projet ne s’est finalement pas concrétisé. Avec ma meilleure amie, Célia Le Mouel, cycliste au sein de l’équipe Ma Petite Entreprise, nous avons alors improvisé une semaine dans les Pouilles, en Italie.
Il me restait ensuite deux semaines de vacances. Je lui ai annoncé que je venais de réserver un billet pour le Brésil. Cinq jours avant mon départ, j’ai appelé Christophe Dehaemers, responsable du sponsoring chez Cannondale, pour lui expliquer que je souhaitais partir en bikepacking. Je lui ai demandé s’il pouvait me prêter un vélo. La veille du départ, un vélo est arrivé au service course à 17 heures. Avec une de mes coéquipières, nous l’avons monté dans l’urgence. Et me voilà partie pour trois semaines au Brésil, en octobre dernier, jusqu’à la veille du stage de novembre organisé par l’équipe.
« Rallier Rio à un monastère bouddhiste situé à São Lourenço »
Racontez-nous…
De la folie ! À l’aéroport, j’ai rencontré des triathlètes qui m’ont demandé si je connaissais Tota Magalhaes, la Brésilienne de l’équipe Movistar. De fil en aiguille, je l’ai contactée et nous avons commencé à échanger.
J’ai passé mes premiers jours à Rio sans connaître personne. Pourtant, j’ai très vite rencontré du monde. Tota m’avait donné plusieurs contacts et conseillé les lieux à découvrir en priorité. Finalement, j’ai même fait la connaissance de certains de ses amis.
À travers ce voyage en bikepacking, mon objectif était surtout de rallier Rio à un monastère bouddhiste situé à São Lourenço, au milieu de nulle part. J’y suis parvenue après cinq jours passés sur mon vélo. Je n’avais pratiquement rien préparé : pas de sacoches, seulement un sac à dos. À un moment, j’ai même fait du stop.
Humainement, cette aventure a été incroyable. Depuis, j’ai appris le portugais et je prévois de retourner au Brésil en octobre prochain pour explorer l’Amazonie. Depuis que j’ai mis les pieds dans ce pays, je n’ai qu’une envie : y retourner ! (rires)
Si vous deviez poser vos valises, le paradis ce serait où ?
Je ne les poserais justement pas ! Mon paradis, ce serait plutôt de continuer à voyager et à faire le tour du monde.
Outre le Brésil avez-vous prévu un autre voyage ?
C’est encore en discussion avec mon équipe, mais je prévois de passer l’hiver en Colombie. L’objectif est de préparer au mieux la saison prochaine en profitant de l’altitude, tout en accumulant de longues sorties à vélo.
Ce serait en quelque sorte deux expériences en une : un stage de préparation et une immersion dans un nouveau pays. C’est précisément le genre d’aventure que l’on ne peut pas vivre autrement.
« Le peu que j’ai vu au Rwanda m’a profondément marquée »
Sinon, quelles autres destinations aimeriez-vous découvrir un jour ?
Depuis les championnats du monde disputés à Kigali l’an dernier, j’ai gardé une petite frustration. Celle de ne pas avoir pu découvrir davantage le Rwanda. Mais le peu que j’en ai vu m’a profondément marquée. Les paysages étaient magnifiques, les habitants particulièrement accueillants et la culture très riche.
Pour toutes ces raisons, j’aimerais retourner prochainement en Afrique, soit au Rwanda, soit en Afrique du Sud.
Le Maroc est également un pays que j’adore. J’y suis allée à plusieurs reprises et j’aimerais y retourner pour faire du VTT dans l’Atlas. Et puis, pourquoi ne pas partir un jour à la découverte de la Patagonie !
Le vélo, c’est une invitation au voyage, non ?
Disons que j’ai une bonne excuse avec mes stages…
Où vivez-vous actuellement ?
Je partage mon temps entre la Bretagne et l’Espagne. C’est un très beau pays, où il y a énormément de choses à découvrir. Le territoire est vaste et les possibilités de voyage sont nombreuses.
Quelques éléments de biographie

Pour la Brestoise de naissance, aujourd’hui âgée de 25 ans, la découverte du vélo a été déterminante. Lorsqu’elle replonge dans ses souvenirs d’enfance, elle y voit même un véritable tournant.
« À l’école, pour beaucoup de jeunes, il n’est jamais simple de se sentir à son aise. Surtout quand on a des traits de personnalité qui divergent un peu de la moyenne. Commencer le vélo m’a vraiment permis de prendre confiance en moi. Ce que je pensais être un handicap m’a finalement aidée sur le vélo, en me permettant de penser différemment ».
Aujourd’hui, Cédrine Kerbaol figure parmi les meilleures coureuses du monde sur route. Dans un peloton toujours plus dense et international, elle mesure le chemin parcouru. « Depuis deux ans, je progresse constamment, nous glisse-t-elle. Mais il faut garder à l’esprit que tout le monde progresse aussi. Le peloton roule de plus en plus vite ».
Cette quête d’amélioration reste permanente. « L’hiver, il est toujours satisfaisant de constater ses progrès. Mais une fois en course, on peut vite prendre une claque. Il faut donc continuer à s’améliorer sans cesse. Le cyclisme féminin a énormément évolué et va encore se densifier dans les années à venir ».
La Bretonne est déjà entrée dans l’histoire du cyclisme français. Championne de France du contre-la-montre en 2023 et 2025, elle a terminé meilleure jeune de son premier Tour de France en 2023. L’année suivante, elle prend la 6ème place du classement général. Elle remporte aussi une étape en solitaire à Morteau (Doubs), devenant ainsi la première Française à s’imposer sur une étape du Tour depuis Jeannie Longo en 1989. À l’approche de sa quatrième participation cet été, les attentes sont naturellement élevées.
