Ut4M 2026 : Grenoble célèbre un trail à taille humaine, entre défi sportif et vitrine touristique
Du 16 au 19 juillet, la 14ème édition de l’Ultra Tour des 4 Massifs (Ut4M) a réuni 3 679 coureurs issus de 35 nationalités. Au programme, 12 formats de course, avec un mot d’ordre inchangé : faire découvrir un territoire d’exception autant que proposer un défi sportif. Une recette qui séduit toujours autant, malgré une météo caniculaire qui a obligé les organisateurs à ajuster certains tracés sans jamais dénaturer l’événement.

Autour de la Halle Clémenceau, transformée en quartier général, et de la place Victor-Hugo, devenue camp de base des arrivées, l’ambiance oscillait entre concentration, soulagement et émotion. Des premiers dossards retirés mercredi jusqu’aux dernières arrivées dimanche, Grenoble a confirmé son statut de place forte du trail alpin. On peut toutefois regretter que les premiers finishers du 180 Xtrem, l’épreuve reine de l’Ut4M, n’aient pas été accueillis par un public plus nombreux, tant leur performance méritait d’être saluée.


Avant de prendre le départ, les participants passent par l’étape incontournable du retrait des dossards et… du briefing de course. ©David Savary
Cette course emblématique ne doit toutefois pas occulter l’ADN de l’Ut4M. Si le 180 Xtrem, remporté cette année par Zakaria Hogga en 27 h 44 chez les hommes et Phoebe Bramley en 30 h 53 chez les femmes (voir notre vidéo), incarne l’exigence de l’ultra-trail, l’événement s’adresse bien au-delà des seuls spécialistes grâce à ses douze formats de course, du 20 kilomètres aux challenges sur plusieurs jours, sans oublier le handi-trail et la randonnée ouverte à tous.
Car l’événement s’attache aussi à casser l’image d’un rendez-vous réservé à une élite. C’est précisément ce qu’explique Samuel Vergès, directeur de Recherche au Centre de recherche en santé intégrée (CReSI) basé à Grenoble. « L’ultra-trail véhicule une image très extrême. L’Ut4M veut montrer qu’il peut aussi être un formidable promoteur d’activité physique et de santé. Les randonnées, les formats plus courts permettent à chacun de se lancer progressivement. Cela devient un challenge bénéfique », explique-t-il.
Cette diversité permet aussi à chacun de construire son propre défi. « Il y a des participants qui prennent plusieurs dossards. Ils font un 40 kilomètres sur un massif, puis un 20, puis un autre 40. Ils construisent leur propre expérience. C’est aussi ça l’esprit Ut4M. Permettre aux gens de vivre leur montagne comme ils le souhaitent », souligne Jean-Yves Costa, responsable de la communication de l’Ut4M.
Une vitrine grandeur nature pour Grenoble

Au-delà de l’événement sportif, l’Ut4M est devenu un véritable outil de promotion touristique pour la métropole grenobloise. Chaque été, des milliers de coureurs et leurs accompagnants découvrent les quatre massifs (Chartreuse, Vercors, Belledonne et Taillefer) qui ceinturent Grenoble, mais aussi une ville dont l’identité est intimement liée à la montagne.
Comme le souligne Audrey Guyomard, vice-présidente de Grenoble Alpes Métropole en charge de l’attractivité, du tourisme et des loisirs, « l’attractivité est dopée par l’Ut4M. Au niveau économique, avec une belle visibilité pour les entreprises partenaires (voir ci-dessous). Mais aussi grâce aux participants qui viennent passer le week-end et découvrent Grenoble sous un autre spectre que celui dont on a l’habitude de la connaître. L’Ut4M nous permet de faire connaître notre ville autrement ». La vice-présidente reprend également la célèbre formule de Stendhal, natif de Grenoble : « Au bout de chaque rue, il y a une montagne ». Une identité montagnarde dont la métropole se dit « très fière » et qu’elle entend valoriser à travers le sport.

Les retombées dépassent largement le temps de la compétition. Selon Chris Dupoux, référent outdoor de Grenoble Alpes Métropole, chaque participant est accompagné en moyenne de 1,5 personne. Autant de visiteurs qui prolongent leur séjour pour découvrir les richesses de la région. Les enquêtes menées après l’événement montrent d’ailleurs que près de neuf participants sur dix envisagent de revenir dans la région pour un séjour touristique.
L’Ut4M s’impose ainsi comme un véritable levier de développement territorial. En 2025, l’événement a généré près de 2 millions d’euros de retombées économiques pour Grenoble Alpes, tout en donnant une visibilité accrue aux quatre massifs qui entourent la métropole : Belledonne, le Vercors, la Chartreuse et le Taillefer. Accessibles depuis le cœur de ville grâce au réseau de transports en commun du Smmag, ces espaces proposent 850 kilomètres de sentiers répartis sur 49 communes, dont trois itinéraires de grande randonnée. Une démonstration de la manière dont un événement sportif peut contribuer à faire émerger une destination outdoor.

Jean-Yves Costa insiste d’ailleurs sur ces effets qui dépassent largement le temps de la compétition. « Il y a les retombées immédiates, avec les hébergements, les restaurants et les commerces, mais aussi des retombées à plus long terme. Quelqu’un qui découvre de beaux paysages pendant une course peut avoir envie de revenir passer une semaine en montagne », résume-t-il.
Cette découverte des massifs ne se limite pas aux seuls coureurs engagés sur les formats chronométrés. Nous avons pu nous-mêmes l’expérimenter en parcourant la randonnée d’une dizaine de kilomètres proposée par l’Ut4M dans le massif de la Chartreuse, au départ du col de Vence. Une immersion particulièrement agréable, avec un itinéraire qui alterne différents types de sols, des passages plus techniques et des variations de relief qui donnent tout son caractère au parcours.

Au fil de la progression, les panoramas en balcon sur Grenoble offrent de magnifiques perspectives sur la métropole et ses montagnes environnantes. Une expérience qui donne envie d’aller plus loin, de troquer la randonnée pour un véritable trail et de découvrir davantage encore ce terrain de jeu grandeur nature. « L’idée est de permettre à ceux qui n’ont pas forcément envie ou la possibilité de participer à une course de vivre l’événement autrement, tout en étant au cœur de la compétition. Ils peuvent croiser les coureurs, notamment les premiers du 180 Xtrem. Quand on est passionné de trail, courir dans les traces des grands noms de la discipline, c’est quelque chose qui marque », raconte Jean-Yves Costa.
La sécurité avant tout
La chaleur a constitué le principal défi de cette 14ème édition. Certaines portions ont été modifiées dès 48 heures avant les départs afin d’éviter les secteurs les plus exposés. Jean-Yves Costa, responsable de la communication de l’Ut4M, rappelle la philosophie de l’organisation. « Notre priorité absolue, c’est de ramener tout le monde au bercail. Le risque zéro n’existe pas en montagne, mais la main ne tremblera jamais s’il faut modifier un parcours ou annuler une course », déclare-t-il.
Grâce à un suivi météorologique très précis, des échanges permanents avec les médecins et les services de sécurité, les ajustements ont permis de maintenir l’ensemble des courses dans de bonnes conditions.
Pour ceux qui redoutent de se perdre, le balisage se révèle particulièrement rassurant. Des fanions jalonnent le parcours à intervalles très réguliers, souvent tous les cinquante mètres, offrant aux coureurs des repères permanents, y compris dans les portions les plus isolées. Un dispositif qui contribue à la sécurité des participants tout en leur permettant de se concentrer pleinement sur leur effort.
850 bénévoles au cœur de l’évènement

Derrière les arches de départ et d’arrivée, l’Ut4M repose sur une impressionnante mobilisation humaine. Près de 850 bénévoles (dont 150 dédiés à la sécurité), épaulés toute l’année par une trentaine de personnes dans le staff d’organisation, contribuent au bon déroulement de l’épreuve. Tout au long du parcours, ils sont facilement identifiables à leur tenue bleue. Mais plus encore que leur couleur, c’est leur sourire, leur disponibilité et leur bienveillance qui marquent les participants. Aux ravitaillements, sur les points de passage ou à l’arrivée, ils incarnent la convivialité revendiquée par l’événement. « C’est une grande famille », résume Jean-Yves Costa, responsable Communication de l’Ut4M. « Beaucoup reviennent depuis la première édition. Certains consacrent plusieurs jours sans pratiquement voir le jour. Tout cela est entièrement bénévole », ajoute-t-il. L’organisation revendique d’ailleurs une croissance maîtrisée. Malgré une demande toujours plus forte, la jauge reste volontairement limitée à 4 500 inscrits, afin de préserver les chemins et maintenir une expérience de qualité.
Des histoires humaines avant les chronos
Parmi les milliers de participants, Frédéric incarne parfaitement cet état d’esprit. À 57 ans, il a parcouru 550 kilomètres depuis la Marne pour prendre le départ du Master 100, son cinquième ultra-trail. Après un abandon l’an dernier, alors qu’il revenait d’une blessure, il avait « une revanche à prendre ».
« Mon objectif, c’est simplement d’être finisher. Je n’ai aucune ambition de podium. Que je sois 200e ou 400e, cela ne changera rien », confie-t-il avant le départ. Pour lui, l’Ut4M est aussi une manière de savourer les paysages traversés. « Il y a des moments où je fais le touriste : je m’arrête prendre des photos. Si je traverse un village et que je vois un café, je peux même m’arrêter boire une bière ! », sourit-il. Une philosophie qui résume bien l’esprit de nombreux amateurs présents sur les sentiers grenoblois : venir se dépasser, sans oublier de profiter du territoire.

Même philosophie pour Lorène, venue de Chambéry avec son conjoint pour s’élancer sur le 40 Chartreuse, une distance inédite pour elle. À la trentaine, elle relève son premier trail de cette longueur après une première participation à l’Ut4M, sur le format 20 kilomètres de la Chartreuse, il y a cinq ans.
« Pour moi, ce sera une grosse randonnée qui va durer un moment en montagne. Je vais profiter des paysages et vivre une introspection envers moi-même », explique-t-elle. L’objectif n’est pas seulement de décrocher un chrono : « J’espère ne pas mettre plus de huit heures, mais on verra en fonction de la chaleur. Je veux surtout profiter de l’instant présent ».
La Chartreuse, qu’elle connaît déjà pour l’avoir traversée en bivouac, occupe une place particulière dans son histoire personnelle. « Ce n’est peut-être pas le massif le plus difficile des quatre, mais il est vraiment très beau. Mes grands-parents viennent d’en dessous, mon père vient d’ici. C’est mon origine ».
Un attachement renforcé par son activité professionnelle. Lorène travaille dans l’univers du running, chez Sidas à Voiron. Une passion qu’elle vit donc au quotidien, aussi bien dans son métier que sur les sentiers.
Entre demandes en mariage sur la ligne d’arrivée, hommages à des proches disparus ou défis relevés après une maladie, les émotions ont, une fois encore, largement dépassé les classements.
Préserver l’ADN de l’Ut4M
Dans un paysage où les grands ultra-trails deviennent des événements internationaux, l’Ut4M revendique une autre identité. Serge Fortini, traileur et fondateur du média Corff, synthétise en quelques mots ce qui fait sa singularité. « Contrairement à d’autres grandes épreuves comme l’UTMB, l’Ut4M a su garder son esprit de famille ».
Cette volonté se traduit aussi par une politique assumée : pas de primes pour attirer les stars mondiales, une internationalisation mesurée et une attention portée à l’empreinte carbone des déplacements. Cette philosophie accompagne également l’évolution du tourisme en montagne. « La montagne devient aussi une destination recherchée avec les fortes chaleurs. Les gens viennent chercher de la fraîcheur, des espaces naturels, une autre façon de passer leurs vacances. C’est un sujet qui nous tient à cœur depuis le début », complète Jean-Yves Costa.
Au moment de refermer cette 14ème édition, l’association Grenoble Outdoor Aventure peut déjà se tourner vers l’avenir. Le rendez-vous est fixé du 15 au 18 juillet 2027 pour célébrer les quinze ans d’un événement qui continue de faire dialoguer montagne, sport et tourisme dans un bel équilibre.
Raidlight, le pionnier isérois qui a accompagné la naissance du trail
Installée au cœur de la Chartreuse depuis 2009, l’entreprise Raidlight revendique un statut particulier dans l’univers du trail. « On est le dinosaure du trail, parce qu’on existait avant même qu’on invente le mot », résume Nicolas Diederichs, responsable communication de la marque.
Créée en 1999 par Benoît Laval, ingénieur textile et coureur de haut niveau, l’entreprise est née d’un constat simple. Les équipements de montagne de l’époque étaient trop lourds pour les pratiquants qui cherchaient à aller plus loin et plus vite. Son premier sac à dos léger, conçu pour traverser les Pyrénées, va poser les bases de l’identité de Raidlight : réduire le poids du matériel sans sacrifier la technicité.
Depuis, la marque a accompagné le développement du trail running. Elle propose aujourd’hui près de 150 références outdoor pour s’équiper de la tête aux pieds : sacs d’hydratation, vêtements techniques, accessoires ou équipements dédiés aux longues distances. L’entreprise a réalisé l’an dernier 6 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Attachée à une production locale, Raidlight fabrique une partie de sa gamme en France. « Depuis 2014, on produit certains de nos équipements en Made in France, avec l’idée de faire ce qu’on est capables de maîtriser ici », explique Nicolas Diederichs. Aujourd’hui, environ 40 000 pièces sortent chaque année des ateliers français de la marque. Cette activité pèse près de 20% du chiffre d’affaires de l’entreprise.

Innovation et réactivité
Cette capacité de production locale constitue aussi un levier d’innovation. « Quand on a une bonne idée, si on peut la tester et la développer rapidement, on gagne énormément en réactivité. En Asie, entre l’idée et la mise sur le marché, il peut se passer jusqu’à trois ans. Ici, on peut ajuster beaucoup plus vite », souligne le responsable communication.
L’entreprise compte désormais 38 salariés répartis sur trois sites. Son siège historique à Saint-Pierre-de-Chartreuse, un atelier à Veurey-Voroize, aux portes de Grenoble, et un site à Notre-Dame-des-Millières, près d’Albertville, repris récemment pour préserver des emplois et des savoir-faire textiles.
Au-delà de la fabrication, Raidlight défend une vision durable de l’équipement sportif, avec notamment la réparation de ses produits. « Un sac, pour un trailer, c’est un peu comme un compagnon. On veut que les choses durent », explique Nicolas Diederichs. Une philosophie qui illustre l’ancrage territorial d’une marque intimement liée à l’histoire du trail et aux montagnes qui l’ont vu grandir.
Rossignol fait du trail un axe de développement stratégique
Si le ski reste au cœur de l’identité de Rossignol, l’entreprise a engagé une diversification importante. Basé à Saint-Jean-de-Moirans, près de Grenoble, le groupe emploie aujourd’hui 1 300 salariés, dont 600 en France. « On était une marque de ski. Aujourd’hui, on est une marque avec un ADN performance de montagne. On s’adresse aux actifs en montagne qui aiment la montagne », explique Yann Laphin, responsable communication. Ski, randonnée, vélo, trail ou encore activités outdoor, la stratégie repose désormais sur une approche quatre saisons. En France, les vêtements représentent aujourd’hui plus d’un tiers des ventes de la marque, illustrant son évolution vers un univers qui dépasse le seul matériel hivernal.
Le trail, nouveau moteur de diversification

Le trail constitue l’un des nouveaux axes de développement de Rossignol. Après avoir lancé une première gamme de chaussures, la marque entend accélérer sur ce marché en pleine croissance, qui compte, selon les études, près de 5 millions de pratiquants. « Le trail est un phénomène communautaire, culturel et social. C’est un sport très facile à pratiquer : une paire de chaussures, et c’est parti. Il y a aussi cette connexion très forte avec la nature. On observe également une féminisation de la pratique », souligne Yann Laphin.
Pour tester ses produits au plus près des pratiquants, Rossignol s’appuie notamment sur l’écosystème outdoor développé autour de Grenoble. Lors de l’Ut4M, la marque a ainsi proposé un test grandeur nature de sa chaussure Vercors, avec un parcours imaginé via l’application On Piste (une sélection de destinations à explorer à pied, à vélo ou à ski). Une manière de faire découvrir le produit dans son environnement naturel, sur les sentiers du massif de la Chartreuse.
La chaussure constitue aujourd’hui la priorité de cette diversification. « On en est seulement à notre deuxième saison sur le trail, mais les tendances sont bonnes. On accélère sur l’innovation, les programmes avec les athlètes et les sorties de nouveaux modèles », explique Yann Laphin. La marque prévoit ainsi cinq lancements dans les prochaines années afin de couvrir différents usages, de la pratique dynamique aux longues distances.
La montagne, destination quatre saisons
Cette montée en puissance s’appuie sur un important travail de recherche et développement. Rossignol dispose notamment d’une équipe spécialisée dans le développement des chaussures à Montebelluna, près de Venise, où les prototypes sont conçus et testés avant leur commercialisation.
Pour la marque, cette diversification répond aussi aux évolutions des pratiques touristiques. « La montagne devient un refuge, notamment avec les fortes chaleurs. Les gens viennent chercher de la fraîcheur, des espaces naturels et une autre façon de passer leurs vacances », observe Yann Laphin.

Guidetti, le bâton outdoor made in Isère mise sur la réparabilité
Installée également dans le département de l’Isère, Guidetti poursuit son développement dans les bâtons de marche et de trail. Pour se démarquer, la marque mise sur la durabilité et la réparabilité, avec plus de 200 pièces détachées disponibles pour prolonger la durée de vie de ses équipements, des brins aux pointes en passant par les dragonnes.
Avec plus de 50 000 paires vendues chaque année et environ 250 paires assemblées quotidiennement dans son atelier, Guidetti figure parmi les principaux acteurs français du bâton outdoor. Son activité repose encore largement sur la randonnée, qui représente 60% des ventes, devant la marche nordique (20%) et le trail (20%), un segment en forte progression.

La marque revendique un fort ancrage local. En effet, conception, prototypage et contrôle qualité sont réalisés en France, tandis que 90% de la fabrication des produits finis y est également assurée. Elle poursuit par ailleurs son développement à l’international, qui représente aujourd’hui 10% de ses ventes.
Parmi ses innovations figure le système Flashlock, breveté en 2017, qui permet de déployer un bâton pliable en seulement deux secondes et d’une seule main. Ingénieux et pratique !
