Savoir faire sobre
Même le Paris Saint-Germain a dû s’incliner devant la météo. Le champion de France devait commencer sa saison de Ligue 1 au Parc des Princes face à Rennes. Il l’a finalement débutée… à Rennes. Après les vagues de chaleur successives qui ont frappé la région parisienne cet été, la pelouse du Parc était tellement dégradée que la rencontre ne pouvait plus s’y dérouler dans des conditions garantissant la sécurité des joueurs.
Il aura fallu remplacer entièrement le gazon pour que le PSG puisse enfin jouer son premier match à domicile, vendredi dernier contre Monaco.
L’anecdote pourrait prêter à sourire. Elle raconte pourtant quelque chose de beaucoup plus profond : si même l’un des clubs les plus riches d’Europe peut voir son calendrier bouleversé par les conséquences de la chaleur et de la sécheresse, aucun équipement sportif ne peut désormais considérer l’eau et le climat comme de simples paramètres secondaires.
L’été 2026 vient de le rappeler brutalement. Après un printemps peu arrosé, juin n’a reçu que la moitié des précipitations habituelles et juillet a affiché un déficit proche de 70 %. À la mi-août, 77 % du territoire connaissait une sécheresse des sols d’une fréquence supérieure à 25 ans.
Le sport n’échappe évidemment pas à cette nouvelle donne.
Les golfs ont cessé d’arroser une grande partie des fairways pour concentrer la ressource disponible sur les greens et les départs. Une petite révolution culturelle est en marche : désormais, en été, un bon parcours ne sera pas nécessairement un parcours parfaitement vert.
Et ce n’est qu’un début.
Piscines, bases nautiques, terrains de football ou de rugby, golfs, stations de montagne : une partie importante de nos équipements sportifs dépend directement de l’eau. Or ces équipements participent également à l’attractivité touristique des territoires. Un golf attire des visiteurs, une base nautique fait vivre une station, une piscine constitue parfois un équipement essentiel d’une destination et un grand événement sportif génère des nuitées et de l’activité économique.
Il serait donc simpliste d’opposer le sport aux autres usages de l’eau et de désigner tel ou tel pratiquant comme responsable de la sécheresse. Lorsque la ressource se raréfie, la question n’est pas de savoir s’il faut encore faire du sport, mais comment continuer à le pratiquer dans des conditions différentes.
La réponse passe d’abord par l’adaptation.
Récupération des eaux de pluie, réutilisation des eaux usées traitées lorsque cela est possible, irrigation plus précise, nouvelles variétés de gazon, réduction des surfaces arrosées : les solutions existent et beaucoup d’acteurs du sport ont déjà commencé à les mettre en œuvre.
Mais l’adaptation devra aussi être culturelle.
Nous devrons probablement accepter qu’un fairway jaunisse en juillet, qu’une pelouse ne ressemble pas toujours à un tapis anglais ou que certains équipements fonctionnent différemment lors des périodes de sécheresse.
Car dans un pays où l’eau devient périodiquement une ressource sous tension, continuer à exiger des équipements sportifs qu’ils donnent en permanence l’illusion du printemps finira par devenir difficilement défendable.
Demain, la performance d’un équipement sportif ne se mesurera peut-être plus seulement à la qualité de sa pelouse, mais aussi à la quantité d’eau qu’il aura réussi à ne pas consommer.
