Quand la crue devient un spectacle
Quatre mètres de neige en haut des pistes à l’Alpe d’Huez. Des routes coupées en Loire-Atlantique. Des villages encerclés par l’eau. Vingt-huit morts en avalanche depuis le début de l’hiver.
L’hiver 2026 s’impose par son intensité. Trente-six jours de pluie continue. Des sols saturés. Une atmosphère plus chaude, plus chargée en vapeur d’eau, qui libère des précipitations plus abondantes. En montagne, le manteau neigeux ressemble à un millefeuille fragile. Dans les vallées, l’eau ne s’infiltre plus, elle déborde.
Le dérèglement climatique n’est plus une projection abstraite. Il devient une expérience concrète. Et au milieu de ce décor instable, un phénomène interroge : certains viennent observer la crue de près, photographier les berges inondées, naviguer en kayak dans des zones débordées. On parle désormais de “tourisme de crue”. Le mot peut surprendre, mais il révèle quelque chose de notre époque.
Le tourisme sportif s’est construit sur une promesse d’émotion maîtrisée : approcher les éléments sans s’y perdre, ressentir l’intensité sans franchir la ligne rouge. Skier, pagayer, grimper… toujours avec l’idée qu’un cadre existe, que le risque est encadré. Or l’extrême attire aussi parce qu’il impressionne. À l’ère des images instantanées, l’événement spectaculaire devient partageable. La crue devient photo. La tempête, vidéo. Non par inconscience systématique, mais parce que l’on cherche à comprendre, à témoigner, à montrer ce que l’on voit.
Le problème survient lorsque la curiosité complique le travail des secours déjà mobilisés en permanence. Lorsque des routes barrées sont contournées. Lorsque des zones dangereuses deviennent des points d’observation improvisés. Le sport, lui, enseigne autre chose : lire un bulletin météo, accepter de différer une sortie, savoir faire demi-tour. Ceux qui vivent près de la mer ou en montagne le savent bien : les éléments ne sont pas un décor, mais une puissance.
