Le trail poursuit son essor en France

Alors que Chamonix vit au rythme du Hoka UTMB Mont-Blanc, le trail confirme son changement d’échelle. Les nouvelles données dévoilées par Strava, croisées avec les chiffres de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA), montrent une pratique toujours plus populaire, régulière, jeune et féminine en France. Une dynamique qui dépasse désormais largement le cercle des ultra-traileurs et des pratiquants de haute montagne.

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Pour les territoires, le développement du trail ouvre de nouvelles perspectives de tourisme sportif. ©David Savary

Le calendrier du trail connaît son temps fort avec la 23ème édition de l’UTMB Mont-Blanc, organisée cette année jusqu’au 30 août. Mais derrière les performances des meilleurs spécialistes, les chiffres témoignent surtout d’une démocratisation rapide de la pratique.

+69% de sorties trail en l’espace de dix ans

Selon l’appli Strava, le nombre d’athlètes français ayant enregistré une activité de trail a progressé de 11,4% en un an au cours des dix semaines précédant la pleine saison. Entre 2024 et 2025, le nombre d’utilisateurs ayant enregistré une sortie trail avait déjà augmenté de 69%, tandis que le nombre d’activités progressait de 160%.

La tendance se retrouve à l’échelle de la compétition. D’après le dernier baromètre Finishers mené par la FFA et l’Union Sport & Cycle, 5 900 courses de trail ont été organisées en France en 2025, soit 20% de plus qu’un an auparavant et deux fois plus qu’en 2015. Ces épreuves ont généré 1,44 million de résultats, en hausse de 300% en dix ans. La discipline compte également 42 000 licenciés déclarant le trail comme activité principale dans leur club, soit une progression de 90% en trois ans.

Cette croissance se traduit aussi sur le terrain. À Grenoble, l’Ut4M, organisé en juillet dernier (voir ici notre reportage), a réuni 3 679 coureurs de 35 nationalités autour de 12 formats, du 20 km à l’ultra-trail, mais aussi avec des randonnées et du handi-trail. Un modèle qui associe défi sportif, accessibilité et découverte des quatre massifs entourant la métropole.

Un trail qui sort des montagnes

Les Alpes restent au cœur de cette dynamique. La région Auvergne-Rhône-Alpes concentre 15% des compétiteurs de trail en France, selon la FFA, tandis que les données Strava lui attribuent 15,3% des activités de trail enregistrées en 2026. Mais la présence de l’Île-de-France et de régions au relief plus modeste dans le haut du classement confirme que la pratique ne se limite plus aux grands massifs.

En 2026, une sortie trail moyenne représente 9,8 km et 182 m de dénivelé positif. Le trail s’inscrit donc de plus en plus dans une pratique régulière, loin des seules distances spectaculaires de l’ultra-trail.

Les données de la FFA vont dans le même sens et dessinent le portrait d’un pratiquant particulièrement assidu. 72% des traileurs interrogés s’entraînent au moins trois fois par semaine, contre 65% pour les pratiquants des autres disciplines running. Ils sont également plus expérimentés : 62% ont au moins quatre ans de pratique, contre 55% pour les autres coureurs. Leur engagement se traduit aussi en compétition, avec 3,7 courses disputées en moyenne chaque année, contre 3,3 pour les autres pratiques running.

Le trail apparaît ainsi de moins en moins comme une pratique occasionnelle liée à quelques grands rendez-vous et davantage comme une discipline sportive à part entière, intégrée au quotidien des coureurs.

Une discipline qui rajeunit et se féminise

Autre marqueur fort de cette transformation : l’évolution du profil des pratiquants. Contrairement à l’image d’un sport réservé aux coureurs expérimentés et relativement âgés, le trail connaît un véritable phénomène de rajeunissement.

Selon la FFA, l’âge moyen des finishers est passé de 42 à 40 ans en seulement deux saisons. Les moins de 35 ans représentent désormais 35% des arrivants, soit 10% de plus qu’en 2015.

La féminisation est également bien engagée. Entre 2024 et 2025, les utilisatrices Strava ont enregistré 83% de sorties trail supplémentaires en France. À l’échelle mondiale, leur nombre de sorties a doublé. Du côté des compétitions, les femmes représentent désormais 32% des arrivantes, contre 24% il y a dix ans.

La progression reste toutefois inégale selon les formats : plus les distances s’allongent, plus la proportion de femmes diminue, jusqu’à seulement 13% sur les épreuves d’ultra-trail. Le trail conserve donc une marge importante de progression en matière de féminisation, d’autant que les autres disciplines running affichent déjà une proportion de femmes de 41%.

Chamonix, vitrine d’un phénomène qui dépasse la compétition

À Chamonix, cette popularité croissante se mesure également sur les sentiers. Le volume d’effort enregistré sur cinq montées emblématiques analysées par Strava a progressé de près de 15% en un an.

Ces chiffres illustrent une réalité qui dépasse l’événement sportif. L’UTMB agit comme une vitrine pour un territoire devenu un terrain de jeu permanent pour les pratiquants. Cette semaine, Chamonix accueille huit courses, mais aussi l’Ultra-Trail Village et une Fan Experience, renforçant le lien entre compétition, pratique amateur et découverte de la destination.

L’engouement dépasse d’ailleurs largement les territoires alpins. La Bretagne, deuxième région française en nombre de compétiteurs selon la FFA avec 12% des effectifs, illustre cette capacité du trail à s’implanter sur des terrains moins escarpés. 43% des pratiquants vivent ainsi en zone rurale, tandis que l’Île-de-France, pourtant très dynamique sur le running, ne se classe que troisième pour le trail.

Le trail, nouvel atout du tourisme sportif

Cette évolution fait du trail un véritable levier pour les destinations. Les sentiers ne sont plus seulement des lieux de compétition, ils deviennent des supports de découverte touristique, permettant aux territoires de valoriser leurs paysages au-delà des grands rendez-vous sportifs.

L’Ut4M en fournit une autre illustration, avec une organisation qui cherche à faire découvrir les quatre massifs grenoblois à travers différents niveaux de pratique. À Chamonix comme à Grenoble, l’enjeu est désormais de transformer la notoriété d’une course en fréquentation durable du territoire.

Le développement du trail ne se limite d’ailleurs plus aux destinations de montagne. Le succès rencontré en Bretagne, qui accueillera les championnats de France de trail les 15 et 16 mai 2027 dans le cadre du Trail de Guerlédan, en est un symbole. Il témoigne d’une discipline capable de valoriser des territoires aux profils très différents et de faire du paysage un élément central de l’expérience sportive.

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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