Groenland : le tourisme sportif, antidote à la crise arctique

En ce début d’année, le Groenland n’est plus seulement un désert de glace aux confins du monde. Il est devenu l’épicentre d’une tempête géopolitique majeure. Et si, contre toute attente, le tourisme sportif contribuait à apaiser les tensions ?

Les déclarations répétées de Donald Trump, président des États-Unis, évoquant une possible annexion de ce territoire autonome du Danemark pour ses terres rares et sa position stratégique dans l’Arctique, ont ravivé les inquiétudes. Washington se heurte à Copenhague, à l’Union européenne, mais surtout aux Groenlandais eux-mêmes, pris malgré eux dans une rivalité de grandes puissances.

La réponse locale est sans équivoque. 85% de la population rejette toute annexion. Face à cette pression extérieure, le Groenland cherche à affirmer sa souveraineté autrement que par l’exploitation de ses ressources. C’est ici qu’émerge une voie inattendue, le tourisme sportif, comme instrument d’indépendance économique, de développement territorial et de visibilité internationale.

Le territoire dispose pour cela d’un atout unique, un terrain de jeu naturel parmi les plus extrêmes de la planète. Kayak entre les icebergs, traîneaux à chiens sur la calotte glaciaire, escalade de falaises de basalte, ski de randonnée sous les aurores boréales… Des expériences rares, taillées pour un tourisme sportif en plein essor, devenu un moteur majeur de l’industrie mondiale du voyage.

Et si ces activités de pleine nature devenaient un levier stratégique à part entière ? Le Groenland pourrait s’appuyer sur des événements sportifs internationaux pour affirmer son attractivité et sa singularité. On peut imaginer la création de « Greenland Arctic Games », co-organisés par l’Union européenne, le Canada et des acteurs du sport et du voyage, en partenariat étroit avec les autorités locales. Trails polaires internationaux, biathlons arctiques ou expéditions de kayak bas carbone offriraient une vitrine unique au territoire. Ces rendez-vous pourraient attirer des milliers de pratiquants, générer des retombées économiques durables et réduire la dépendance aux industries extractives.

Les agences et opérateurs du tourisme sportif ont ici un rôle clé à jouer. Faciliter l’accès, investir dans des infrastructures écoresponsables et former les communautés locales sont autant de leviers essentiels pour faire du Groenland un laboratoire mondial du tourisme sportif durable.

Faire du tourisme sportif non pas une niche, mais un pilier de stabilité arctique peut sembler naïf. Peut-être. Mais face aux logiques de conquête, rêver d’un Groenland exploré en partenaire plutôt qu’exploité en territoire n’est pas une fuite. C’est déjà une forme de résistance.

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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