Philippe Savajols : « Le Tibet a été une balise dans ma vie »

Du 25 mars au 17 avril 2026, l’entrepreneur de 57 ans a quitté le confort de sa vie de dirigeant pour marcher sur les routes du Tibet, parfois à plus de 5 000 mètres d’altitude. Une expédition pensée comme une parenthèse de silence, de lenteur et d’introspection.

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Marcher, respirer, ralentir : l’expérience tibétaine de Philippe Savajols a redéfini son rapport au temps. ©DR

Philippe Savajols revient profondément marqué par cette aventure inspirée des récits d’Alexandra David-Néel, dont les voyages au Tibet nourrissaient son imaginaire depuis sa jeunesse.

Un parcours de dirigeant atypique

Le parcours de Philippe ne suit pourtant pas une trajectoire classique. Issu d’un milieu modeste en Lozère, il commence à travailler dès 18 ans pour financer ses études. Il part ensuite en Angleterre pour un MBA, avant de vivre trois ans aux États-Unis.

« Quand je suis rentré en France, j’étais un jeune branleur, je ne savais pas quoi faire », raconte-t-il. Lui qui ne voulait « surtout pas devenir commercial » finit pourtant par s’y révéler, avant d’intégrer le monde de la finance. À 35 ans, il devient directeur général Europe d’un grand groupe financier. Il décide pourtant de tout quitter pour reprendre une petite société de cinq personnes, Isospace, spécialisée dans l’aménagement de bureaux.

Près de vingt ans plus tard, l’entreprise basée à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) est devenue un groupe d’une centaine de salariés réalisant un chiffre d’affaires annuel d’environ 25 millions d’euros. Mais cette croissance rapide l’amène à s’interroger sur son rythme de vie. « Pendant 19 ans, j’ai été dans le guidon en permanence, dans l’urgence des décisions et de la croissance », explique-t-il.

La recherche de recul et de sens

Au fil du temps, il associe plusieurs managers au capital de l’entreprise et délègue davantage. Une évolution qui le conduit à prendre du recul. « Je me suis retrouvé à devenir une sorte de sage dans l’entreprise. Ça m’a amené à me demander où était encore ma valeur ajoutée », confie-t-il.

Le Tibet s’impose alors comme une évidence. Un territoire de silence, de lenteur et d’introspection. « J’avais besoin de sortir de la machine à laver, de revenir à quelque chose de plus simple », résume-t-il.

Après avoir traversé la cordillère des Andes à vélo l’année précédente, Philippe Savajols choisit une expérience encore plus radicale : la marche.

Les hauts plateaux tibétains et le refus l’oxygène

 

Le voyage débute à Xining, à environ 3 000 mètres d’altitude, pour permettre une acclimatation progressive. Pendant trois jours, en compagnie d’un guide, il effectue des marches de cinq à sept heures dans les montagnes de l’Amdo, région dont est originaire le Dalaï-Lama, aujourd’hui en grande partie intégrée à la Chine.

Depuis Xining, Philippe rejoint ensuite Lhassa après 22 heures de train à travers les hauts plateaux. Un trajet hors norme, où certaines voitures disposent de prises d’oxygène pour compenser le manque d’air. « Je me suis refusé à utiliser l’oxygène. Je voulais que mon corps s’adapte naturellement », explique-t-il.

Avant son départ, il avait réalisé un test de VO2 max afin de vérifier qu’un tel défi était envisageable. « Le médecin m’a dit que j’avais une capacité respiratoire de 90% supérieure à la moyenne des personnes de mon âge. C’est le vélo, 10 000 km parcourus chaque année depuis vingt ans, ça aide », résume Philippe Savajols.

Cycliste passionné, ce père de famille installé dans les Yvelines insiste sur le lien entre effort physique et équilibre mental. « Quand mon corps fait du sport, mon cerveau travaille mieux. Sur le vélo ou quand on marche, l’esprit se libère », confie-t-il.

Les sublimes paysages de l’Himalaya en toile de fond

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Dans les immensités enneigées de l’Himalaya tibétain, chaque journée était rythmée par la marche et la vie en autonomie. ©DR

Après trois jours à randonner autour de Lhassa, la partie la plus engagée de l’expédition prend la forme d’un trek de six jours en autonomie totale sur les hauts plateaux himalayens. Philippe Savajols rêvait d’un itinéraire inspiré d’Alexandra David-Néel, de monastère en monastère pour demander l’hospitalité aux moines. Mais les contraintes actuelles – certaines zones étant interdites aux étrangers – l’oblige à adapter le parcours. Il en visitera néanmoins 17 au total, renforçant la dimension spirituelle du voyage. « Le Tibet reste un endroit profondément spirituel. J’ai été marqué par la simplicité des gens et leur capacité à être heureux malgré des conditions de vie difficiles », raconte-t-il.

Accompagné d’un guide tibétain, de deux nomades, d’un cuisinier et de quatre chevaux transportant le matériel, il traverse alors des zones isolées culminant jusqu’à 5 400 mètres d’altitude. Chaque journée suit un rythme simple : marcher cinq à sept heures, monter le campement, faire bouillir l’eau, préparer le repas, prendre soin des animaux, dormir sous tente malgré des températures descendant jusqu’à -12°C et, repartir le lendemain. « Marcher avec les sommets de l’Himalaya en toile de fond, c’était exceptionnel », confie-t-il.

« Au bout d’un moment, le cerveau se déconnecte complètement des choses qui nous paraissent importantes dans nos vies occidentales. On revient à quelque chose de très essentiel », souligne l’entrepreneur.

Une infusion de racines trouvées dans la montagne pour aller mieux

À plus de 5 000 mètres, où l’oxygène se raréfie d’environ 60%, l’épreuve physique devient intense. Le deuxième jour, il souffre à la fois du mal de l’altitude et de troubles digestifs. Des nomades lui préparent alors une infusion de racines trouvées dans la montagne, qui le remette rapidement sur pied.

« Eux sont nés là-haut. Leur corps est fait pour ça. Moi, j’avais du mal à suivre leur rythme », constate-t-il. Mais cette difficulté fait partie de ce qu’il recherchait. « C’est souvent dans l’inconfort qu’on découvre des ressources personnelles intéressantes », estime-t-il.

Un retour transformé

Au-delà du défi sportif, cette expédition modifie profondément son regard sur le travail et la prise de décision. De retour en France, il adopte un rapport différent au temps. « Aujourd’hui, j’essaie davantage de laisser les choses décanter avant de décider », explique-t-il, comparant cela à « un verre d’eau boueuse que l’on laisse reposer jusqu’à ce que l’eau redevienne claire ».

De cette expérience, il en retire aussi une conviction plus large sur le management. « La solution la plus difficile est souvent la meilleure », notamment dans la gestion d’une entreprise. « Les décisions faciles sont parfois des décisions de fuite. Le Tibet m’a appris à accepter davantage la complexité et le temps long », relève-t-il.

Une nouvelle envie de départ

Cette immersion dans un environnement rude et minimaliste lui laisse également une empreinte durable. Le retour en France a été brutal. « J’ai eu du mal à sortir de ce rythme-là », reconnaît-il.

Loin d’avoir mis fin à ses envies d’exploration, ce voyage au Tibet semble au contraire avoir ouvert une nouvelle étape personnelle.

Après un passage par Pékin et notamment une journée de marche sur la Grande Muraille de Chine, Philippe Savajols imagine déjà de futurs projets de trek au long cours. « Je sais déjà que je repartirai. Peut-être sur la Grande Muraille, peut-être autour des merveilles du monde. Mais toujours avec cette idée de slow travel et d’effort physique. Il faut que cela se mérite », dit-il. Pour lui, le Tibet restera une référence intime. « Une balise dans ma vie. Il y a clairement un avant et un après, comme homme et comme chef d’entreprise », conclut Philippe Savajols.

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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