Elections présidentielles : quand le sport-santé deviendra-t-il une grande cause nationale ?

Un père entrepreneur et son fils étudiant poussent un « coup de gueule » sur la thématique du sport-santé qui demeure la grande oubliée de la campagne présidentielle. Ils nous adressent ici une tribune, riche d’enseignements, que nous reproduisons intégralement.

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« La société, notre rythme de vie quotidien ne sont pas adaptés à la pratique du sport » déplorent Tom et Anthony Courtat.

Tom et Anthony Courtat sont les co-fondateurs de la start-up NeverGiveUp. Soucieux de développer la pratique du sport en entreprise et d’accompagner les particuliers dans leur pratique de sport-santé, ils s’inquiètent que ce sujet ne soit pas inscrit parmi les thèmes de campagne des différents candidats à l’élection présidentielle. Sans vouloir faire de politique, mais simplement conscients des dangers de la sédentarité et de la nécessité d’inscrire le sport comme « grande cause nationale », ils nous livrent ci-dessous leur plaidoyer.

« Les Français, champions du sport canapé »

« À lire les programmes des candidats, et malgré la crise sanitaire sans précédent que nous venons de vivre, il semble que le sport-santé ne soit pas une priorité. Pourtant, il y a urgence. Les chiffres de la dernière étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire font froid dans le dos : 95% des adultes ne font pas assez de sport en France. Les Français cumulent le manque de sport et la sédentarité et sont en quelque sorte les champions du « sport canapé ». Ce qui peut paraître confortable risque cependant de ne pas l’être longtemps car les risques associés au peu de soin accordé à notre santé physique sont nombreux : diabète, surpoids et obésité, accidents cardio-vasculaires. Les confinements et le télétravail ont aggravé la situation. À la décharge des français, tout est fait pour qu’ils ne se bougent pas : temps de transport pour se rendre au travail, déplacements en voiture plutôt qu’à pied ou vélo, organisation du travail, absence d’équipements dédiés à la pratique d’une activité physique au sein des entreprises. La société, notre rythme de vie quotidien ne sont pas adaptés à la pratique du sport. Même l’école joue les mauvais élèves avec une pratique limitée à son strict minimum pour laisser du temps aux matières dites nobles. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la sédentarité serait le quatrième facteur de risque de mortalité : elle tuerait dix fois plus que les accidents de la route dans l’Hexagone.

La santé n’est pas au cœur des débats

Des efforts colossaux ont été faits pour préserver la santé des Français à l’occasion de la crise sanitaire. Pourtant, alors que l’élection présidentielle approche, la question de notre santé à long terme comme priorité, de la place du sport dans notre quotidien, personnel et professionnel, comme moyen de prévention (et bien au-delà) demeure. C’est à croire que l’on n’apprend rien. Si la pandémie a révélé l’obsolescence de notre système de santé, la sédentarité l’achèvera-t-il ? Le sport-santé peut-il devenir une grande cause nationale du futur quinquennat ? Voici des questions qui méritent d’être posées. Car à lire les programmes des participants à l’élection présidentielle, « la question elle est vite répondue ». Il ne semble pas y avoir d’urgence et cela ne semble pas une priorité. Si le pouvoir d’achat, les salaires, l’inflation, la sécurité semblent au cœur des débats, la santé et les moyens de la préserver semblent en être écartés.

Pourtant la crise sanitaire que nous avons vécu devrait nous permettre de tirer les leçons, de dresser un état des lieux et de préparer un plan ambitieux de santé publique où le sport jouerait un rôle moteur. À aucun moment, et tout l’inverse s’est même produit, nos élites politiques ont véhiculé des messages en faveur du sport santé comme outil de prévention des maux de nos concitoyens. Tout fut dit pour se protéger du virus, ce qui était bien évidemment utile et nécessaire. Mais aucun, ou presque, de nos dirigeants politiques n’a mis le doigt sur cette question et ce problème de santé publique.

« Nous ne sommes pas une nation sportive »

C’est à croire qu’on y préfère les pansements et la gestion de crise plutôt que la prévention, les joutes verbales entre (pseudos) experts sur les plateaux TV plutôt que de se confronter à la réalité qui s’impose : nous négligeons notre santé, c’est un fait avéré, (mal) bouffe, manque d’activité physique, sport-canapé, obésité, troubles du sommeil, stress, troubles musculo-squelettiques… La vérité c’est que nous ne sommes pas une nation sportive, nous n’en avons pas ou peu la culture. Nous glissons vers toujours plus de sédentarité. C’est un fait, nous ne bougeons pas assez. Notre société dite de « progrès » nous fait au contraire régresser en matière de santé. 54% des hommes et 44% des femmes de 18 à 74 ans sont en situation de surpoids ou obèses. Plus généralement, jusqu’à 5 millions de décès par an pourraient être évités si la population mondiale était plus active, rappelle l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

« Ne pas se croiser les doigts en attendant Paris 2024 »

Cela ne semble inquiéter personne ou presque. Chacun pense qu’il y a plus urgent, important. D’autres se disent que Paris 2024 servira de déclencheur. Cela nous fait penser au mois de janvier et aux bonnes résolutions. Beaucoup en parlent, peu s’y tiennent, nombreux sont ceux qui abdiquent. Heureusement, les fédérations, les clubs et associations sportives vont vivre et vibrer un tissu de sportifs amateurs/professionnels. Mais cela n’est pas suffisant. Il faut frapper un grand coup, inscrire le sport santé dans un plan de santé publique national ambitieux, plutôt que de (se) croiser les doigts en attendant Paris 2024.

Avouons également qu’il serait trop facile de s’en prendre uniquement à notre État et nos politiques. Si leur mission de service public leur imposent de prêcher la bonne parole, il appartient à chacun de se prendre en main, de prendre soin de soi. Aujourd’hui, tout est disponible pour pratiquer une activité physique ou sportive. Nos installations sont de bonne qualité, les équipements sont de plus en plus accessibles. Avec les confinements successifs, l’offre de sport en ligne s’est aussi considérablement développée. Reste à changer de culture, d’état d’esprit et marteler des messages qui favoriseront le développement de la pratique, qu’elle se fasse dans le cadre personnel ou professionnel.

C’est d’ailleurs un axe de développement et d’adoption intéressant à étudier. Si les Français ne pratiquent pas dans le cadre familial, peut-être qu’il serait plus enclin à le faire dans le cadre professionnel. Ainsi ils pourraient joindre l’utile à l’agréable. Au sein de la sphère professionnelle, 90% des actifs sont demandeurs vis-à-vis du sport au travail, mais seulement 10% des salariés/dirigeants français pratiquent une activité physique au sein de leur entreprise (source OpinionWay/Generali). Et tout le monde est gagnant, puisqu’il est démontré que la pratique du sport en milieu professionnel est aussi bénéfique pour les salariés/employés (meilleure santé mentale/physique, moins de troubles (stress, anxiété, sommeil, muscles, dos…) que pour leur entreprise (meilleure cohésion, moins d’absentéisme, moins d’arrêt de travail, rentabilité améliorée). Quelques chiffres pour vous en convaincre : 14% d’amélioration de la rentabilité nette, 6 à 9% d’amélioration de la productivité/salarié, 40% d’absentéisme en moins, 32 % d’arrêts de travail en moins/an,  + 3 ans d’espérance de vie, 26% de stress en moins.

Le sport comme moyen thérapeutique

Notons que les Français semblent revoir leurs priorités suite à cette crise sanitaire comme le souligne la dernière étude NielsenIQ « Consumer Outlook 2022 ». D’après elle, 52 % d’entre eux affirment que leur santé mentale prendra plus d’importance au cours de l’année 2023 suivie par la santé physique et la vie sociale (48 % pour les deux). Ce qui tombe bien, le sport-santé ayant un impact plus que positif sur tous ces points. 

Parmi les autres pistes de réflexion et solutions qui peuvent changer la donne, il y a bien évidemment, pour rappel, le fait que le sport est reconnu – par la Haute Autorité de santé depuis 2011, puis par une loi de 2016 – comme un moyen thérapeutique en soi, tout comme le sont les médicaments ou les interventions chirurgicales. Ainsi, depuis 2017, les ­médecins traitants sont en droit de prescrire des séances de « sport santé », en prévention des maladies, et de « sport sur ordonnance », en traitement de certaines pathologies chroniques. 

Au-delà, des campagnes d’information et d’incitation menées par le ministère de la Santé seraient bienvenues. Une image vaut mille mots, voire mille maux. Ses campagnes existent pour la sécurité routière, elles marquent, créent des prises de conscience et participent aux changements des (mauvaises) habitudes. 

Le ticket-sport comme le ticket-restaurant

L’école est aussi et sans doute un excellent moyen d’éduquer sur le sujet. En donnant au sport santé la place qu’il mérite au sein des programmes scolaires, nous préparons l’avenir et la bonne santé (physique ET mentale) des futures générations. De plus, les enfants sont d’excellents « influenceurs » et inciteront sans doute leurs parents à se bouger ensemble. Au-delà, il est démontré que le sport permet d’améliorer la concentration, la confiance en soi, la cohésion, l’esprit collectif. Autant de bénéfices dont les élèves pourront profiter dans les autres matières et apprentissages. 

Enfin, dans le milieu professionnel, comme cela se fait aux Etats-Unis et dans les pays nordiques, le sport a toute sa place. Il participe tant au bien-être physique et mental des travailleurs qu’à la performance de l’entreprise. À l’image du ticket-restaurant, nous pourrions créer leticket-sport, pour inciter le plus grand nombre à pratiquer. Récemment, un décret visant à ne plus considérer le sport en entreprise comme un avantage en nature permet désormais aux entreprises de ne plus être taxées sur ce service proposé à leurs collaborateurs. Afin de développer le sport pour tous et le sport en entreprise, un nouvel amendement a également été adopté par le Sénat dans le cadre de la loi « Démocratiser le sport en France » : la création de vestiaires et de douches pour toute construction d’entreprise. Un grand pas en avant pour sortir le sport en entreprise de son carcan administratif et inciter les chefs d’entreprise à le promouvoir au sein de leur structure ».  

*Rappelons également que le patronat du sport Cosmos a aussi récemment interpellé les candidats à l’élection présidentielle. Voir l’article ici.

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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