Solenne Piret : « Mettre tous les blocs de Fontainebleu dans les Hautes-Alpes »

Triple Championne du monde de paraclimbing ou handi-escalade, Solenne Piret voue une passion sans limites à son sport. Privée d’un avant-bras, elle ne cesse pourtant de multiplier les exploits. Récente marraine du Salon de l’Escalade à Grenoble, cette brillante architecte vivant sur Briançon se plait aussi à voyager. Confidences.

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Toujours souriante, Solenne Piret a fait de son handicap une force. ©David Savary


Vous voyagez beaucoup. Quels sont les « spots » qui vous ont marqué, en France ou à l’étranger ?

Je me suis rendue l’an dernier pour la première fois aux Etats-Unis dans le cadre d’une épreuve de Coupe du Monde à Los Angeles. Je suis partie avec mon copain, et l’idée était aussi de faire un tour des spots mythiques là-bas. De se rendre sur des sites qui m’ont marqué à travers des films, des livres, des vidéos. C’est ainsi que nous avons grimpé des blocs dans la vallée de Yosemite ou à Bishop, un incontournable de l’Ouest américain. C’était une expérience incroyable de pouvoir vivre en vrai quelque chose qui me fascinait.

Et puis bien sûr comme spot marquant, je ne peux manquer de citer le Briançonnais, dans la partie Nord du département des Hautes-Alpes, non loin de la frontière avec l’Italie. C’est là où je me suis installée pour y vivre. Un vrai coup de cœur. (Ndlr : Avec ses 1 326 mètres d’altitude, Briançon est d’ailleurs considérée comme la plus haute ville de France).

Pouvez-vous nous partager une anecdote de voyage ?

Pour une association, j’ai voyagé sur l’atoll de Makatea en Polynésie française (Ndlr : d’une superficie de 24 km2 cet atoll d’à peine peuplé d’une centaine d’habitants est situé dans les îles Tuamotu, dans le sous-groupe des îles Palliser). L’objectif était d’équiper l’île de voies afin de développer un tourisme plutôt orienté escalade et écologie. Une belle initiative même s’il est aujourd’hui question de reprendre l’exploitation du phosphate. Un vrai crève-cœur car cet endroit est vraiment magique.

Makatea est accessible en bateau uniquement depuis Tahiti, soit environ 18 heures de transport. Je n’ai pas le pied marin, et je suis restée allongée sur un lit durant 18 heures à regarder les vagues et se prendre des embruns dans la figure. Par la suite ça s’est mieux passé car j’ai pu échanger avec les habitants sur place.

Vous vivez donc à Briançon aujourd’hui ?

Oui parce qu’il y a de l’escalade jusqu’à plus soif. Et surtout on a la sensation d’être tout de suite en haute montagne. Nous sommes dans les montagnes avec toutes les activités qui s’y rapportent. Pas comme à Grenoble où l’on est entouré par les montagnes. C’est un peu différent.

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Grimpeuse inspirante et déterminée, Solenne est capable de performances impressionnantes. ©Christophe Cazin

Comment choisissez-vous vos vacances. Êtes-vous plutôt voyage organisé ou improvisé ?

Je suis plutôt voyage à l’aventure. Je viens de finir d’aménager mon camion, un gros van homologué camping-car dans lequel je peux tenir debout. Pour moi c’est la liberté. Pas besoin de réserver. Je me pose où je veux et je reste le temps que je veux. Cela dépend de la météo, des rencontres. Du type de rochers d’escalade aussi, s’il y en a qui me parle plus que d’autres… Car lorsque je pars en vacances, c’est aussi pour grimper. L’escalade est pour moi un mode de vie. Cela se retrouve dans tout ce que je fais.

Quel est votre prochain voyage ou prochaine destination de vacances ?

J’aimerai bien retourner en Afrique du Sud, du côté du Cap notamment. Je me souviens y être déjà allée durant deux semaines pour rendre visite à une copine. Je ne grimpais pas à l’époque. Nous avions fait un tour en bus découverte, c’était super et ça m’a donné envie de revenir.

En août ou septembre prochain, je projette d’aller sur le site de blocs de Rocklands. C’est à deux ou trois heures de Cape Town dans le Nord des montagnes du Cederberg. Là-bas, c’est un peu la Mecque de tous les grimpeurs.

Si vous deviez poser vos valises, le paradis ce serait où ?

Si c’est un paradis imaginaire, j’aimerai mettre tous les blocs de Fontainebleau dans les Hautes-Alpes. Si c’est un paradis existant, alors je dirai le Briançonnais. Je viens de m’y installer et c’est tout simplement magique.

Native de Lagny, Solenne passe ses week-ends en forêt de Fontainebleau avec ses parents et frères et sœur. Comprenant que son handicap – une agénésie qui la prive de son avant-bras droit – peut être une force, ce n’est qu’en 2017 qu’elle commence réellement à grimper. Avec le succès qu’on lui connait.

Marraine du dernier Salon de l’Escalade à Grenoble, elle y effectue quelques   démonstrations. Diplômée de l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Strasbourg, Solenne Piret exerce en marge de sa passion pour l’escalade le métier d’architecte.

Un joli reportage qui lui a été consacré l’an dernier.

Triple championne du Monde de Paraclimbing :

  • 2018 à Innsbruck.
  • 2019 à Briançon.
  • 2021 à Moscou.

Six victoires en Coupe du Monde.

Première femme au monde à faire du 7b falaise et 7b bloc à « un bras et demi ».

*Si l’escalade est bien au rendez-vous des Jeux Olympiques de Paris 2024, du 5 au 10 août sur le site du Bourget, elle ne figure malheureusement pas au programme des Jeux Paralympiques. Au grand dam de Solenne.

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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