Du Crotoy (baie de Somme) à Antalya : un périple de 6 500 km à vélo

À 24 ans, Adrien Leroux s’apprête à prendre le départ d’un long périple à vélo entre la Picardie et le sud de la Turquie. Le 15 septembre, le jeune journaliste enfourchera son vélo au Crotoy, dans la Somme, pour rejoindre Antalya. Au programme : 6 500 kilomètres, dix pays traversés, des cols majeurs et près de deux mois et demi de voyage en solitaire.

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Les jambes pour moteur, 6 500 kilomètres pour horizon, Adrien Leroux prend la route vers Antalya. ©BikingMan

Le départ intervient à un moment charnière pour le jeune diplômé. Après ses années d’études en journalisme à Toulouse et deux mois en CDD à France 3 et France 2, Adrien Leroux s’apprête à entrer dans la vie professionnelle. Avant de franchir cette nouvelle étape, il a décidé de concrétiser un projet qu’il porte depuis près de quatre ans : parcourir plusieurs milliers de kilomètres à vélo, en solitaire, jusqu’aux portes de l’Asie.

« Je n’ai pas d’obligation familiale, sentimentale ou en termes de travail, c’est le bon moment pour partir », explique-t-il.

Le départ est fixé au mardi 15 septembre, depuis Le Crotoy, la ville où il a grandi. L’arrivée est prévue à la mi-novembre à Antalya, avec un dernier symbole pour conclure le voyage : la porte d’Hadrien, monument emblématique de la cité turque.

Le bon moment pour partir, après quatre ans de préparation

L’idée d’un long voyage à vélo ne date pas d’hier pour Adrien Leroux. Il y a environ quatre ans, il envisageait déjà de rejoindre l’Asie du Sud-Est. Mais en se renseignant sur les conditions de sécurité et les recommandations du ministère des Affaires étrangères, il a progressivement revu son projet.

« À la base, je voulais arriver jusqu’au Vietnam ou en Thaïlande. Puis, quand je me suis renseigné sur les zones rouges à traverser, les pays compliqués diplomatiquement, je me suis dit : je n’ai pas envie de servir de monnaie d’échange », raconte-t-il.

En début d’année, la Turquie s’est finalement imposée comme une alternative séduisante. Suffisamment lointaine et dépaysante pour conserver une vraie dimension aventureuse, mais aussi plus accessible depuis la France, elle lui permet de construire un itinéraire à la fois ambitieux et plus rassurant. « Je vais traverser l’Europe et je vais quand même m’offrir un peu d’exotisme avec la Turquie, en arrivant aux portes de l’Asie », confirme le jeune Picard.

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Dix pays, des cols en altitude, des paysages variés et 6 500 kilomètres à parcourir à vélo.

Une expérience déjà solide avec le BikingMan

Si le défi est conséquent, Adrien Leroux n’aborde pas pour autant l’ultra-distance sans expérience. Le jeune cycliste s’est déjà frotté à plusieurs épreuves du BikingMan, un format d’ultra-cyclisme en autonomie.

Il a notamment participé aux éditions Aura, en Auvergne-Rhône-Alpes, et Sri Lanka, avant de prendre le départ en Corse l’an dernier. Cette année, il a poursuivi l’expérience au Maroc, avec une épreuve de 500 kilomètres à travers l’Atlas. Une édition particulière puisqu’il l’a disputée en binôme avec Axel Carion, directeur de BikingMan. Le duo a d’ailleurs remporté le classement dans cette catégorie.

« Aucun filet de sécurité »

Ces expériences lui ont permis d’apprivoiser l’effort longue distance et de mieux cerner ses capacités. Mais le voyage vers Antalya sera d’une tout autre nature. Pas de ligne d’arrivée après quelques centaines de kilomètres, pas de classement et surtout aucune assistance : Adrien sera seul pendant près de deux mois et demi.

« Là, il n’y a aucun filet de sécurité. Si j’ai vraiment une galère, je n’aurai pas de bénévole ou autre pour m’aider. Ce seront juste les rencontres et les gens », explique-t-il. Une balise GPS lui permettra néanmoins d’être géolocalisé en permanence. En cas d’urgence, il pourra également envoyer un signal de détresse par satellite.

Le col de la Bonette et le Stelvio au menu

Pour rejoindre Antalya, Adrien Leroux a volontairement dessiné un itinéraire qui est loin d’être le plus direct. En reliant simplement la France à la Turquie, il aurait pu réduire considérablement la distance, à environ 3 500 kilomètres. Mais ce n’est pas l’objectif de ce voyage. Son parcours traversera dix pays : la France, l’Italie, la Slovénie, l’Autriche, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce et la Turquie.

Après avoir traversé les Alpes par le sud, il longera la mer Adriatique jusqu’au nord de la Grèce, avant de mettre le cap sur la Turquie. Il poursuivra ensuite son itinéraire à travers plusieurs sites touristiques et des espaces plus sauvages jusqu’à Antalya, dans le sud du pays.

Une centaine de kilomètres par jour

Les grands cols constitueront l’un des fils rouges de ce périple. Adrien prévoit notamment de s’attaquer aux plus hauts sommets routiers des pays traversés. En France, il gravira le col de la Bonette, à 2 802 mètres d’altitude, avant de s’attaquer notamment au mythique Stelvio, en Italie, qui culmine à 2 757 mètres. D’autres ascensions l’attendent, parmi lesquelles le col de Vršič, en Slovénie, à 1 611 mètres, ou le mont Olympe, en Grèce, à 2 917 mètres.

L’itinéraire sera composé d’environ 65% de route et 35% de gravel. Une configuration qui doit lui permettre de s’éloigner des tracés classiques et de traverser certains secteurs plus isolés. Adrien table sur une moyenne d’une centaine de kilomètres par jour. Un rythme qui devra toutefois s’adapter au relief et aux conditions rencontrées.

« Jusqu’aux Alpes, ça va aller. Après, à partir du moment où je vais attaquer le col de la Bonette puis les Dolomites, il va y avoir un petit peu plus de dénivelé. Donc forcément, les 100 kilomètres ne seront pas les mêmes », explique-t-il.

Raconter les territoires traversés

Mais les kilomètres ne seront pas la seule mesure de ce voyage. Formé au journalisme, Adrien Leroux souhaite également profiter de chaque étape pour raconter les territoires traversés. « L’idée, c’est de faire aussi dans chaque pays un focus sur trois lieux un peu emblématiques », explique-t-il.

Sites touristiques, espaces naturels ou lieux présentant un intérêt particulier sur le plan de l’actualité, il souhaite varier les sujets au fil de son parcours. En France, il prévoit notamment de s’arrêter dans la forêt de Fontainebleau, marquée cet été par un incendie, ainsi que dans le parc du Morvan et au col de la Bonette.

En Slovénie, la présence des ours dans les forêts du pays devrait également nourrir son récit. En Turquie, le lac Tuz, immense étendue saline située au centre du pays, figurera parmi les étapes marquantes de son périple.

Cette volonté de raconter les territoires donne ainsi au voyage une dimension qui dépasse le seul défi sportif. Le vélo devient à la fois un moyen de déplacement et un fil conducteur pour découvrir les paysages, les lieux et les réalités des pays traversés.

Seul, avec 25 kilos de matériel

Pour mener à bien cette aventure, Adrien partira avec environ 25 kilos de matériel répartis dans ses sacoches. Tente, réchaud, vêtements, équipement de bivouac, nourriture et matériel électronique, tout devra être transporté sur le vélo.

Pour les nuits, il prévoit d’alterner entre camping sauvage, camping classique et hébergement chez l’habitant. Il pourra notamment s’appuyer sur Warmshowers, une communauté qui met en relation des cyclistes avec des personnes susceptibles de les accueillir.

La solitude, les imprévus et les chiens errants

Partir seul pendant plus de deux mois n’est évidemment pas sans appréhension. Parmi ses principales craintes figurent notamment les chiens errants. Adrien s’est d’ailleurs fait vacciner contre la rage avant son départ, après avoir déjà été poursuivi par des chiens lors de son expérience au Sri Lanka.

Mais au-delà des dangers identifiés, c’est surtout l’incertitude du quotidien qui l’interroge. Chaque soir, il faudra trouver un endroit où dormir, s’assurer que le bivouac est possible et composer avec des environnements parfois très isolés.

En Slovénie, il prévoit notamment de parcourir une soixantaine de kilomètres de gravel à travers la forêt, sans forcément croiser âme qui vive, si ce n’est peut-être quelques ours. Dans de telles conditions, une chute pourrait rapidement devenir problématique. « C’est ça qui me fait peur », reconnaît-il, en évoquant la solitude.

S’il s’attend à faire de nombreuses rencontres positives, Adrien sait aussi qu’il pourra croiser des personnes moins bienveillantes.

« Se mettre dans des situations extrêmes tout en les contrôlant »

Pour autant, cette part de risque ne remet pas en cause son envie de partir. Adrien a envie de repousser ses limites, tant qu’il s’en sent capable, physiquement comme mentalement. « Il faut vivre. “Dangereusement”, ce n’est peut-être pas le bon terme, mais essayer quand même de se confronter aux éléments », explique-t-il. La quête de l’adrénaline et l’inconfort mais sans jamais basculer dans l’inconscience.

Une philosophie qui ne l’empêche pas de rester prudent, notamment face aux conditions météorologiques. En montagne, dans les Alpes ou les Dolomites, les orages peuvent rapidement changer la donne. Il compte donc consulter la météo au quotidien et éviter, par exemple, de s’engager sur un col à 2 800 mètres d’altitude lorsque de gros orages sont annoncés.

La prudence fera ainsi partie intégrante du voyage : savoir jusqu’où aller, quand prendre des risques et surtout quand renoncer. « C’est un jeu d’équilibriste entre les deux : essayer de se mettre dans des situations extrêmes tout en les contrôlant », résume-t-il.

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Pour Adrien, le vélo est aussi une autre façon de découvrir les territoires traversés. ©BikingMan

Une revanche un an après une rupture des ligaments croisés

Au-delà du défi sportif et du voyage, cette aventure revêt aussi une dimension personnelle. Un an plus tôt, Adrien quittait l’hôpital avec des béquilles après s’être rompu les ligaments croisés du genou lors d’une sortie à ski dans les Pyrénées.

Il lui faudra plusieurs mois de rééducation avant de pouvoir retrouver pleinement son vélo. Aujourd’hui, la blessure appartient presque au passé. Elle ne le gêne quasiment plus lorsqu’il pédale. Le contraste entre cette période et le défi qu’il s’apprête à relever est néanmoins saisissant. Un an après son accident, il s’apprête à parcourir 6 500 kilomètres à vélo. « Oui, c’est sûr, c’est une belle revanche », concède-t-il.

Deux GoPro, un drone et un film de 52 minutes

L’expédition fera également l’objet d’un documentaire. Adrien partira avec deux GoPro et un drone, avec l’objectif de réaliser un film de 52 minutes racontant cette aventure de l’intérieur.

Au-delà des kilomètres parcourus et des paysages traversés, le film doit montrer les coulisses du périple : les difficultés, les imprévus, les moments de doute, mais aussi les rencontres qui rythmeront le voyage.

Le documentaire devrait être diffusé sur Riding Zone, hébergé sur Amazon Prime. Le montage est prévu au mois de décembre, pour une diffusion envisagée entre la fin de l’année et début 2027.

En parallèle, Adrien partagera son aventure au fil des kilomètres sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram (@adrien-lerouxadrienlerouleur), avec des vidéos et des récapitulatifs réguliers de son parcours.

Des partenaires pour accompagner le projet

Pour financer et équiper son aventure, Adrien s’est également entouré de plusieurs partenaires. La marque française Origine lui prête son vélo pour la durée du voyage, tandis qu’Ekoï contribue à son équipement. Owaka fournit sa balise GPS et Kheax complète son matériel avec différents accessoires. Le Decathlon d’Abbeville apporte également son soutien, notamment pour le matériel de bivouac.

Des aides qui permettent de limiter le coût d’un projet représentant un investissement conséquent pour un jeune diplômé. « Ça a été la chasse aux sponsors, notamment pour faire des économies », reconnaît-il.

Le confort familial mais l’envie de partir

À quelques jours du départ, l’excitation se mêle à l’appréhension. De retour chez ses parents, en Picardie, Adrien reconnaît avoir parfois du mal à quitter le confort familial. Mais il sait aussi que l’envie d’aventure finira par reprendre le dessus.

« Quand je suis ici, je me dis : pourquoi je pars ? Je suis très bien ici, à profiter avec ma famille, chez moi, tranquillement. Mais en fait, je sais très bien qu’au bout de deux semaines, j’aurai des fourmis dans les jambes, j’aurai envie de partir à l’aventure ».

Le 15 septembre, il quittera donc Le Crotoy pour Antalya, avec 6 500 kilomètres et dix pays à traverser. « Je préfère risquer ça, tant que je suis capable de le faire physiquement et mentalement, que de me retourner derrière et de me dire : “J’aurais pu le faire” ».

Pour suivre Adrien au fil de son périple, rendez-vous sur son compte Instagram, @adrienlerouleur , ainsi que sur son live tracking.

David Savary

Rédacteur en chef
Contact: david.savary@sport-et-tourisme.fr

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